dimanche , 22 octobre 2017
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Le jour d’avant

Auteur: Sorj Chalandon

Editeur: Grasset – 2017 (336 pages)

Lu en août 2017

Mon avis: « Au Nord, c’était les corons… »
Difficile de ne pas penser à la chanson de Pierre Bachelet en lisant ce roman. Les deux ont en commun de rendre hommage aux mineurs, ceux qui ont le charbon dans le sang, qui meurent brutalement d’un coup de grisou au fond de la fosse, ou ceux qui meurent à petit feu, les poumons silicosés. Chanson et roman ont en commun d’être beaux et poignants.
« Le jour d’avant », c’est le 26 décembre 1974, la veille d’un de ces coups de grisou meurtriers, qui tua cette fois-là 42 mineurs du puits de Saint-Amé à Liévin (un fait réel).
Le jour d’avant, c’est encore le temps de la joie pure et du bonheur pour Michel, 16 ans, et son grand frère adoré, Joseph (Jojo), qui s’amusent comme des fous à faire des tours de mobylette au coeur de la nuit, riant aux éclats.
Le lendemain, sur le coup de 6h19 du matin, la vie s’arrête. Joseph succombera à ses blessures, puis ce sera leur père, qui s’éteindra, un an après, non sans avoir laissé une lettre à son fils cadet : « Michel, venge-nous de la mine ».
Pendant 40 ans, Michel vivra dans cette idée de vengeance, imprégné jusqu’à l’os de la conviction que « la mine les a tous tués ». 40 ans d’obsession, à garder les coupures de journaux, à entretenir le souvenir d’un frère adulé à la limite du raisonnable, à refuser de croire à la fatalité et à chercher un coupable. Jusqu’au jour où, ayant déterminé le responsable, Michel met son plan à exécution. Lors de l’instruction de l’inévitable procès d’assises, un énorme coup de théâtre change la donne. Et ce qui devait être le procès de la « mine assassine » et de la recherche du rendement au détriment de la sécurité des mineurs révèle en réalité un drame bien plus intime et complexe. C’est alors une autre histoire qui se raconte, dans laquelle une mission de vengeance s’emmêle avec le traumatisme de la perte d’êtres chers, le déni et la culpabilité.
Le portrait psychologique de Michel est d’une grande finesse, on ne cesse d’osciller entre empathie et incompréhension. C’est magnifiquement écrit, profondément humain, tout sonne juste, la description du pays noir, de la mine tueuse, des mineurs exploités, le réquisitoire de l’avocat général et la plaidoirie de la défense, le drame d’un homme égaré dans sa douleur.
Un récit puissant et prenant, avec en fond sonore le bruit des chevalements et les notes de musique de « Jojo », la chanson de Brel.

En partenariat avec les éditions Grasset, via le réseau NetGalley.

Présentation par l’éditeur:

« Venge-nous de la mine », avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes.

Evaluation :

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2 commentaires

  1. Très jolie critique dans laquelle on ressent toute l’émotion qui t’a traversée. Je note ce livre dans ma PAL et je le proposerai à mon club de lecture à la rentrée. Merci !