jeudi , 17 octobre 2019
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Le singe sous la montagne

Auteur: Aodren Buart

Editeur: Phébus – 14 mars 2019 (128 pages)

Lu en mars 2019

Mon avis: Au moment de faire ses premiers pas sur le chemin vers l’Ouest, le moine Sanzang est assailli de doutes et de craintes. L’Empereur de la dynastie Tang lui a confié la mission de se rendre auprès du Grand Bouddha de l’Ouest pour recueillir auprès de lui “les soutras manquants au peuple des hommes”. C’est un voyage au bout du monde, bien au-delà des limites de l’Empire, qui attend le frêle Sanzang. Un périple de plusieurs milliers de li, qu’il entreprend à pied, seul, et qui le mènera, pendant des mois ou des années, à travers forêts et montagnes où des dangers connus et inconnus le guetteront sans cesse, sans parler de la fatigue, du découragement, de la crainte d’échouer et de ne pas revenir. Sanzang se met pourtant en route, à la fois confiant dans le pouvoir protecteur de la bodhisattva Guanyin, et regrettant la sécurité de son environnement familier. Ce court roman nous raconte le parcours du moine jusqu’aux confins de l’Empire et du monde connu, et nous le laisserons, empli de foi et de sérénité, continuer sa route vers l’Ouest, en compagnie d’un curieux singe trouvé “sous” la montagne, lequel pourrait bien être le sésame du long chemin qui lui reste à parcourir.
Le singe sous la montagne” est une bulle de calme et de douceur dans un monde de stress et de bousculade, l’exacte dose d’air pur dont j’avais besoin entre mon retour d’un voyage lui-même hors du temps, et la replongée abrupte dans le train-train quotidien. Si le périple de Sanzang est un chemin semé d’embûches (sans être pour autant une épopée picaresque), il est tout autant (ou davantage) un cheminement intérieur à la recherche du sens d’une vie, d’un destin. Ce parcours n’est pas sans dangers non plus, ébranlé par le doute, la perte de confiance en soi, la peur, le désir de rester dans sa zone de confort, la tentation de préférer les certitudes du passé à l’inconnu de l’avenir, quitte à en oublier le moment présent. Mais Sanzang finit par comprendre : “Pour accepter mon destin, je dois accepter son instabilité et son incertitude, car ce sont les qualités mêmes du présent, et c’est seulement en leur faisant confiance, le pied ferme sur le sol mouvant, que je pourrai parvenir à ma quête“. Je ne sais pas très bien quelle est ma propre quête sur cette Terre, mais ce conte intemporel, empreint de magie (ou de miracles, selon qu’on est croyant ou pas) et de spiritualité, m’a fait l’effet d’un miroir et m’a emmenée voguer loin au-dessus des contingences de ce bas-monde, en me berçant de son style poétique et suranné. Ce texte ne conviendra peut-être pas à tout le monde, tout le temps, mais moi il m’a évité le blues du retour à la réalité. Carpe diem.

En partenariat avec les éditions Phébus via Netgalley.

Présentation par l’éditeur:

Cette histoire suit les pas du moine Sanzang, parti vers l’Ouest chercher les écritures du Bouddha. Sur les sentiers escarpés, par les plaines et les rizières, que découvrira-t-il ? Trouvera-t-il la réalité de sa voie ?
À vingt-deux ans, Aodren Buart redonne vie à une Chine lointaine pour son premier roman. Il nous offre un conte spirituel intemporel.

Quelques citations:

– Qu’il est doux d’entendre le monde parler, et de n’entendre en ses paroles que des sons. Si je pouvais tout comprendre, que me resterait-il à sentir?

– Pour accepter mon destin, je dois accepter son instabilité et son incertitude, car ce sont les qualités mêmes du présent, et c’est seulement en leur faisant confiance, le pied ferme sur le sol mouvant, que je pourrai parvenir à ma quête.

Evaluation :

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