dimanche , 15 septembre 2019
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Un dernier verre avant la guerre

Auteur: Dennis Lehane

Editeur: Rivages/Noir – 2001 (343 pages)

Lu en 2014

un dernier verreMon avis: Comment dire quoi que ce soit d’original sur ce bouquin, après les rafales de critiques élogieuses ? C’est désespérant… Que dire, sinon qu’à mon tour je suis victime du sortilège Lehane, que j’ai succombé à ses attributs littéraires sitôt franchies les limites de Dorchester, conquise dès les premières pages comme pourrait l’être mon coeur d’artichaut par un seul regard appuyé d’un quelconque beau ténébreux. Mais foin de quelconque ici, il n’aura pas fallu deux chapitres pour que je devienne une inconditionnelle, sans pourtant savoir dans quoi je plongeais vraiment. Une première fois inoubliable, comme hélas elles ne le sont pas toutes. Mais ça c’est une autre histoire.
Séduite d’autant plus aisément que je sortais traumatisée d’un Patricia Cornwell. Et passer de Scarpetta au tandem Kenzie-Gennaro, c’est presque (tré-)passer du pays des Teletubbies à celui du Mordor. Du noir, à haute teneur en adrénaline, café bien serré, chocolat estampillé 95% cacao, qui laisse un goût amer en bouche et le marchand de sable accroché par les pieds au portemanteau.
Boston, ses bas-fonds vraiment bas, ses politiciens louches vraiment pas clairs, ses gangs ultraviolents vraiment impitoyables. Chargés par un sénateur (Blanc) de retrouver sa femme de ménage (Noire), Kenzie et Gennaro mettent les doigts (jusqu’à l’épaule) dans un engrenage infernal où il est question de racisme, de pédophilie et de maltraitance.
Mais laissez-moi vous les présenter, ces deux-là, puisque si tout va bien, on devrait les revoir dans d’autres épisodes : Patrick Kenzie, anti-héros par principe, qui n’a jamais réussi à « tuer le père » boulonné depuis un bail sur son piédestal de Héros des pompiers de la ville. Signe particulier : amoureux transi de sa partenaire Angela Gennaro. Angie (aah, si j’étais un homme…), superwoman, ou presque, puisqu’affublée d’un mari surnommé « le Connard » en raison de son affection prononcée pour les châtaignes qu’il balance généreusement à sa femme.
Personne n’est lisse dans cette histoire, même si on repère quand même les Gentils et les Méchants. Mais comme les Méchants le sont vraiment, parfois les Gentils sont obligés de l’être un peu aussi (càd méchants, vous suivez ?). Au milieu de 17 fusillades et 23 castagnes (OK, j’exagère peut-être un peu), on assiste à un feu d’artifice de violence et de connerie humaine.
Heureusement il y a l’humour, noir (évidemment), cynique, pour survivre à tout ça. Et le style, que dis-je : la classe, d’un grand auteur.
L’humour, le talent, et l’alcool. Moi qui ne buvais que du lait à la fraise, je vais me mettre à la vodka.
Allez hop, cul sec.
Et cinq étoiles.

Présentation par l’éditeur:

Amis depuis l’enfance, Patrick Kenzie et Angela Gennaro sont détectives privés. Ils ont installé leur bureau dans le clocher d’une église de Boston. Un jour, deux sénateurs influents les engagent pour une mission apparemment simple : retrouver une femme de ménage noire qui a disparu en emportant des documents confidentiels. Ce que Patrick et Angela vont découvrir, c’est un feu qui couve « en attendant le jet d’essence qui arrosera les braises ». En attendant la guerre des gangs, des races, des couples, des familles.

Thriller urbain, roman engagé, Un dernier verre avant la guerre est la première enquête du couple Kenzie-Gennaro, les deux héros meurtris de Dennis Lehane.

Quelques citations:

– “A la hauteur du hangar à bateaux, j’ai vu un groupe d’étudiants d’Emerson ou de B.U., coincés en ville pour l’été, qui se partageaient une bouteille de vin. Folle jeunesse. Ils avaient sans doute aussi du brie et des crackers dans leurs sacs à dos”

“- C’était un mec sympa. Tu te souviens?
J’ai hoché la tête, parce que je me souvenais. Phil avait été un mec super, autrefois. Avant que les factures arrivent, avant que les boulots partent et que l’avenir devienne un sale mot pour rire jaune, désignant tout ce qu’il n’aurait jamais. Phil n’avait pas toujours été le Connard. Il l’était devenu”

– “Angie était chez elle, maintenant, à esquisser quelques autres pas de cette grotesque danse de douleur qu’elle appelait un mariage. Un mot dur, une claque ou deux, quelques accusations hurlées, et au lit jusqu’au lendemain. L’amour. Je me suis de nouveau demandé pourquoi elle était avec lui, qu’est-ce qui pouvait pousser une personne de sa qualité et de son discernement à se laisser traiter comme de la merde”

Evaluation :

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