vendredi , 2 décembre 2022

L’eau rouge

Auteur: Jurica Pavicic

Editeur: Agullo – 2021 (358 pages) / Points – à paraître (432 pages)

Grand Prix de la littérature policière 2021 – Prix Le Point du polar européen 2021

Lu en juin 2022

Mon avis: 23 septembre 1989, dans ce qui n’était pas encore la Croatie indépendante. A Misto, village côtier à quelques encablures de Split, c’est le jour de la fête des pêcheurs. Silva et son frère jumeau Mate, 17 ans, s’y rendent séparément. Si le lendemain matin, Mate se réveille dans son lit avec une solide gueule de bois, ce n’est pas le cas de Silva, qui s’est volatilisée.

La police lance les recherches, interroge et fouille tout le village, Mate et son père collent des affichettes partout. Au fil de l’enquête, il apparaît que Silva, dont tout le monde pensait qu’elle était une fille exubérante au caractère bien trempé mais sans plus, menait en réalité une vie secrète bien plus scabreuse…

Enlèvement, meurtre, accident, fugue, l’enquête aurait pu aboutir.
Si le Mur de Berlin n’était pas tombé, si le communisme ne s’était pas effondré, si la Croatie n’avait pas déclaré son indépendance, si la guerre n’avait pas éclaté en ex-Yougoslavie, si les autorités s’étaient, malgré les circonstances, préoccupées du sort d’une personne (désormais majeure) disparue.

Mais il faudra attendre 27 ans pour que le mystère de la disparition de Silva soit élucidé. 27 ans pendant lesquels Mate a continué à chercher sa soeur, en dépit de tout, alors que sa famille et son pays se disloquaient sans espoir de retour.

Roman choral, « L’eau rouge » est bien plus qu’un roman policier. En plus de l’enquête sur la disparition de Silva, il aborde les questionnements de ses proches, qui croyaient si bien connaître la jeune femme. Il balaie également 30 ans de l’histoire croate, de la chute du régime instauré par Tito au libéralisme effréné en passant par la guerre des années 90, la crise financière de 2008 et le développement du tourisme de masse, avec ce que tout cela a généré de corruption, de reconversions professionnelles douteuses et d’urbanisation galopante.

Le rythme est lent, les descriptions parfois trop minutieuses, mais la construction de ce roman est remarquable, et son écriture sobre et efficace. Un roman très intéressant et captivant où se mêlent la petite et la grande histoires, au milieu des rancoeurs et des jalousies intimes, des souvenirs et des regrets, de la douleur et de l’espoir.

Présentation par l’éditeur:

Dans un bourg de la côte dalmate, en Croatie, Silva, 17 ans, disparaît lors de la fête des pêcheurs. C’est un samedi de septembre 1989, dans la Yougoslavie agonisante. L’enquête menée par l’inspecteur Gorki Šain fait émerger un portrait de Silva plus complexe que ne le croyait sa famille : la lycéenne scolarisée à Split menait-elle une double vie ? Mais l’Histoire est en marche, le régime de Tito s’effondre, et au milieu du chaos, l’affaire est classée. Seule la famille de Silva poursuit obstinément les recherches…

À travers ce drame intime, L’Eau rouge déploie dans une grande fresque les bouleversements de la société croate, de la chute du communisme à l’explosion du tourisme, en passant par la guerre civile… Ou comment les traumatismes de l’Histoire forgent les destins individuels.

Evaluation :

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