vendredi , 30 septembre 2022

Les vilaines

Auteure: Camila Sosa Villada

Editeur: Métailié – 2021 (204 pages)

Grand Prix de l’Héroïne Madame Figaro – 2021

Lu en juin 2022

Mon avis: Au parc Sarmiento, à Córdoba, Argentine, la nuit.

Elles sont nées dans un corps d’homme, elles sont transsexuelles, et prostituées.

Dès l’enfance, elles ont été raillées, moquées, méprisées, maltraitées. Rejetées.

Par les gamins de leur âge, par leur famille, à cause de leur différence, de leur « monstruosité », comme disent certains.

Alors elles ont fui leur environnement et trouvé refuge dans le giron plantureux de Tante Encarna, figure maternelle et fédératrice de ces oisillons tombés d’un nid trop étriqué et intolérant.

Au parc Sarmiento, la nuit, elles travaillent, vendent leur corps et leur âme.

Conscientes des dangers, de la cruauté des hommes et de la police, elles veillent, se protègent et parfois se sauvent les unes les autres.

« Etre trans est une fête », clament-elles, arrogantes, à la face du Destin et du monde. Et parfois elles font vraiment la fête, s’amusent comme des gamines, oublient leur drame et la violence dans la danse, l’alcool ou la drogue ; parfois même dans l’amour – le Vrai. Mais parfois la fête se termine mal, il y a le sida, les agressions, les overdoses, le désespoir.

C’est cet univers trouble que nous dévoile Camila Sosa Villada, elle-même ancienne prostituée, dans ce récit (sans doute en partie autobiographique), qui prend des allures de conte parfois féerique parfois horrifique, imprégné de réalisme magique.

C’est aussi un cri de rage, un manifeste, une tribune, un portrait, un chœur, un hommage, un chant d’amour douloureux et solitaire. C’est cru, c’est trash, furieux, sordide, digne, sensible, flamboyant, lumineux, sensuel, passionné, puissant. Entre joie et souffrance, tendresse et âpreté, c’est une histoire de sororité bourrée d’authenticité et d’humanité.

Présentation par l’éditeur:

La Tante Encarna porte tout son poids sur ses talons aiguilles au cours des nuits de la zone rouge du parc Sarmiento, à Córdoba, en Argentine. La Tante-gourou, mère protectrice avec des seins gonflés d’huile de moteur d’avion – partage sa vie avec d’autres membres de la communauté trans, sa sororité d’orphelines, résistant aux bottes des flics et des clients, entre échanges sur les derniers feuilletons télé brésiliens, les rêves inavouables, amour, humour et aussi des souvenirs qui rentrent tous dans un petit sac à main en plastique bon marché.
Une nuit, entre branches sèches et roseaux épineux, elles trouvent un bébé abandonné qu’elles adoptent clandestinement. Elles l’appelleront Éclat des Yeux.
Premier roman fulgurant, sans misérabilisme, sans auto-compassion, Les Vilaines raconte la fureur et la fête d’être trans. Avec un langage qui est mémoire, invention, tendresse et sang, ce livre est un conte de fées et de terreur, un portrait de groupe, une relecture de la littérature fantastique, un manifeste explosif qui nous fait ressentir la douleur et la force de survie d’un groupe de femmes qui auraient voulu devenir reines mais ont souvent fini dans un fossé. Un texte qu’on souhaite faire lire au monde entier qui nous rappelle que « ce que la nature ne te donne pas, l’enfer te le prête ».

Evaluation :

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