vendredi , 2 décembre 2022

Quincas Borba – Le philosophe ou le chien

Auteur: Joaquim Maria Machado de Assis

Editeur: Métailié – 1991 (307 pages) ou Suites Métailié – 2015 (320 pages)

Lu en juillet 2022

Mon avis: Au Brésil, à la fin du 19ème siècle, Rubião est un modeste professeur qui tient lieu d’homme de compagnie et de garde-malade au philosophe millionnaire (ou l’inverse) Quincas Borba. A la mort de ce dernier, qui flirtait avec la folie depuis un certain temps (mais n’allez pas le répéter au notaire, cela pourrait remettre en question son testament), Rubião hérite de son immense fortune, à une condition : s’occuper du chien, également dénommé Quincas Borba, du vieil homme.
Voici donc le pauvre (enfin, façon de parler, désormais) Rubião tout ébaubi par ses nouvelles richesses, qui décide de s’installer à Rio. Il en découvre bientôt les fastes, la vie culturelle et sociale, les mondanités. Naïf, le candide ex-professeur se fait rapidement de nouveaux « amis », intéressés par son principal trait de caractère : sa générosité dispendieuse. Rubião se trouve ainsi embarqué dans des affaires commerciales douteuses, endosse les dettes des uns et des autres, prête de l’argent à la première demande, devient mécène d’un projet journalistico-politique fantoche. Mais il n’y voit aucun mal, ne flaire jamais les profiteurs et les escroqueries, ni l’hypocrisie, comprend à peine dans quoi il investit. Il faut dire que notre homme est amoureux : la belle Sofia, épouse de son associé, lui fait tourner la tête, au point qu’il pourrait bien la perdre tout à fait. Parce qu’on se demande quand même si Quincas Borba, en plus de sa fortune et de son chien, ne lui aurait pas aussi légué sa folie (des grandeurs).

« Quincas Borba » est une comédie très fluide, faite de très courts chapitres qui s’enchaînent rapidement, dans laquelle l’auteur s’amuse à interpeller directement le lecteur. Manifestement il prend aussi plaisir à raconter l’histoire de Rubião, mais sans jamais se moquer cruellement de son malheureux héros. Machado de Assis est plutôt du genre à égratigner ou ridiculiser la haute bourgeoisie carioca, sa superficialité et sa tyrannie des apparences et des conventions, plutôt qu’à s’acharner sur un pauvre type tel Rubião, dépassé par son destin. Et ce qui rend cette critique sociale encore plus savoureuse, c’est que l’auteur y intègre le thème de la folie et du fantasme qui se jouent de la réalité. Un bijou d’ironie et de finesse d’analyse.

Présentation par l’éditeur:

Rubião, modeste professeur hérite une fortune du philosophe Quincas Borba, sous réserve de prendre soin de son chien. Mais avec la richesse il hérite de la folie de son ami. Sa fortune se disperse dans l’ostentation et l’entretien de parasites mais elle sert surtout de capital aux spéculations d’un habile arriviste marié à la belle Sofia. L’amour et la folie surgissent ici romantiquement la main dans la main, cependant la basse continue du roman est l’ambition économique dont le héros devient l’instrument.

Le charme de Machado de Assis tient essentiellement à sa façon de suggérer les choses les plus terribles de la manière la plus candide ou d’établir un contraste entre la normalité sociale des choses et leur anormalité essentielle.

Une citation:

– [Ainsi réfléchit le mari de Sofia:] Rubião, certes, regardait beaucoup Sofia; et Sofia, de son côté, semblait lui rendre parfois ses regards… Menues coquetteries de jolie femme! Mais après tout, pourvu que les yeux fussent toujours les siens, il n’allait pas leur interdire de briller; on ne devait tout de même pas être jaloux d’un nerf optique.

Evaluation :

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