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Le monde des hommes – Buru Quartet I

Auteur: Pramoedya Ananta Toer

Editeur: Zulma (poche) – 2018 (528 pages)

Lu en juillet 2019

Mon avis: En 1899, l’Indonésie est une colonie néerlandaise. A Surabaya, sur l’île de Java, le jeune Minke, malgré sa condition d’indigène, poursuit des études dans une école prestigieuse en principe réservée aux Blancs et aux métis. Imprégné de l’éducation moderne dispensée par les meilleurs enseignants du pouvoir colonial, Minke est reconnaissant et admiratif de ses professeurs, mais s’interroge tout de même : “Ces connaissances scientifiques, dont je constatais les applications dans mon quotidien, me rendaient très différent de la grande majorité de mes concitoyens. Allaient-elles à l’encontre de mon identité javanaise, je l’ignore, mais c’est un jeune Javanais éduqué à l’européenne qui, de l’intérieur, me poussait à écrire“. Car Minke est également journaliste et commet régulièrement des chroniques dans le journal local. Un jour, il fait la connaissance d’Ontosoroh, la concubine indigène d’un riche colon néerlandais. Vendue par ses parents à celui-ci lorsqu’elle était toute jeune, elle a, depuis lors, pris sa revanche, devenue patronne, dans les faits, de l’exploitation agricole de son “maître”. Cette autodidacte et gestionnaire de poigne et de talent a eu moins de réussite avec les deux enfants qu’elle a eus avec le riche colon. Son fils Robert la méprise parce qu’en tant que métis il s’estime supérieur à elle. Quant à sa fille Annelies, frêle et divinement belle jeune fille, elle est au contraire trop fusionnelle avec sa mère qui, voulant la protéger, n’a réussi qu’à l’isoler du monde extérieur. Ainsi, quand Minke entre dans leur vie, le coup de foudre entre les jeunes gens est inévitable.
Cette histoire d’amour passionnée est un brin trop exaltée, mais elle cristallise bien la complexité de l’organisation sociale des Indes néerlandaises. Minke observe cette société figée dans un système codifié où chacun est classé en fonction de sa couleur de peau (purs-blancs, métis, indigènes). Sa liaison avec Annelies est mal vue de toutes parts, entre un indigène et une métisse, entre un jeune homme issu de l’aristocratie javanaise et la fille d’une concubine (donc présumée femme de basse extraction et de mauvaise vie), sans compter ce qu’en pensent l’épouse et la descendance légitimes du colon depuis Amsterdam. Peu à peu, au gré des coups du sort qui s’abattent sur lui et Ontosoroh, la conscience politique de Minke s’éveille. Ses yeux s’ouvrent sur les injustices et la domination exercée par les colonisateurs qui, sous couvert paternaliste et condescendant, apportent les “lumières de la civilisation occidentale” à ces “sauvages aux croyances obscures”. Face aux discriminations et aux humiliations, Minke se prend à rêver de résistance et de liberté.
Dans ce premier volume de la tétralogie du Buru Quartet, on assiste donc à une prise de conscience, un apprentissage du “monde des hommes”, et à l’éclosion d’un sentiment amoureux contrarié par des règles fondamentalement illégitimes. Le style est classique, parfois un peu lourd ou désuet, mais cela n’enlève rien à la richesse et à l’importance de ce texte, dont l’auteur, censuré tout au long de sa vie dans son pays, a été maintes fois pressenti pour le Prix Nobel.

Présentation par l’éditeur:

C’est une longue et belle histoire que “Pram” racontait à ses compagnons de détention sur l’île de Buru. Une hiloire aventureuse et romanesque qui nous emmène à Surabaya, en Indonésie, au tournant du XXe siècle. Minke, jeune journaliste brillant et curieux de tout, y croise le devin d’Ontosoroh, la concubine d’un riche colon hollandais. Tous deux sont javanais et rêvent d’une liberté enfin conquise contre un régime de haine et de discrimination, celui des Indes néerlandaises. Deux personnages extraordinaires, aussi attachants que singuliers ― au regard d’un monde qui mûrit sa révolution…

Evaluation :

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