dimanche , 22 octobre 2017
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Le goût âpre des kakis

Auteur: Zoyâ Pirzâdchallengeabc20162017

Editeur: Le Livre de Poche – 2012 (216 pages)

Prix Courrier international du meilleur livre étranger 2009

Lu en novembre 2016

le-gout-apre-des-kakisMon avis: Les cinq nouvelles de ce recueil ont pour thème commun le couple, l’amour et leurs illusions. Il ne s’agit pas de couples avec amour éternel, grandes déclarations enflammées tout en roses et violettes, mais de couples au quotidien, égarés dans leur routine, sombrant dans la défaite. Mal assortis, mal construits, ils sont étouffants, toxiques, engluant les partenaires dans les traditions, le qu’en-dira-t-on, la pression familiale. L’homme marié bon gré mal gré, poussé par sa mère, trompant sa femme, et celle-ci qui devient spécialiste des taches et des produits détachants pour surnager dans cet océan de morosité. La femme qui voudrait faire carrière quand son mari ne la voit pas autrement que comme mère au foyer, et cette autre, fée du logis accomplie pour conquérir son époux exigeant, et l’admiration réciproque de ces deux femmes lorsqu’elles se rencontrent lors de la vente d’un appartement. Celle qui rêve d’une vie bien réglée et qui pourtant épouse un écrivain, artiste fantaisiste, distrait et jamais ponctuel. Et puis parfois, ce sont les hommes qui provoquent la sympathie du lecteur, menés par le bout du nez par leur femme ou leur mère. Enfin, la vieille dame veuve qui habite dans une maison trop grande pour elle et qui s’attache à son jeune locataire, mais pas à sa fiancée…
A Téhéran, dans les années 60 (si j’ai bien compris), la tradition est malmenée par la modernité naissante. Les femmes aussi, hésitant entre la sécurité du foyer (impliquant la dépendance financière vis-à-vis de leur mari) et une vie plus libre mais plus incertaine. Les obsessions (pour les taches, le ménage, la ponctualité, la carrière, la stérilité, la poussière, l’argent, le rêve américain) trahissent les malaises qui rongent ces couples.
Dans un style épuré fait de dialogues ou de texte continu, avec de nombreux flash-backs qui ne nuisent pas à la fluidité des récits, Zoyâ Pirzâd écrit les histoires d’hommes et de femmes qui ne sont pas sur la même longueur d’ondes et ne veulent pas toujours s’en rendre compte, et qui, avec un certain fatalisme, vont droit dans le mur. Un thème banal mais universel, traité avec beaucoup de subtilité et de douceur.

Présentation par l’éditeur:

Un bassin, des massifs de roses et un plaqueminier donnent de quoi faire au jardinier d’une vieille dame qui, depuis la mort de son mari, se sent très seule et en danger dans sa grande maison au cœur de la ville. Les fleurs donnent des fruits, les kakis mûrissent et elle ne se prive pas d’en offrir, notamment à son locataire. Des liens subtils se tissent entre eux, que vient troubler l’apparition d’une fiancée…

Comme dans ses autres recueils de nouvelles, Zoyâ Pirzâd explore avec subtilité, lucidité, tendresse et une certaine nostalgie les chassés-croisés de la vie amoureuse.

Evaluation :

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Otages

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4 commentaires

  1. Des éclats de vie trempés dans la réalité. Belle critique !

  2. Très belle critique qui me donne envie de le lire.