samedi , 7 décembre 2019
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La femme de Gilles

Auteur: Madeleine Bourdouxhe

Editeur: Editions Labor/Espace Nord – 1985 (118 pages)

Lu en août 2019

Mon avis: Le titre en dit long.
La femme de Gilles, c’est Élisa. Elle ne vit que pour lui, pour son amour, elle n’existe que par l’amour qu’elle lui porte. Gilles le lui rend bien, jusqu’au jour où il succombe aux charmes vénéneux de Victorine, la jeune sœur d’Élisa. Quand celle-ci s’en rend compte, elle se retrouve seule face à la plus grande épreuve de sa vie. Loin de faire voler son couple en éclats à coup de cris et de pleurs, elle ravale ses larmes et sa douleur, ne dit rien à personne: “Et elle fit comme s’il n’y avait eu rien de lourd dans son cœur, hormis cette joie douloureuse et épuisante que tout amour comporte“. Élisa fait bien plus que bon cœur contre mauvaise fortune. Elle va aider Gilles, de plus en plus tourmenté par les caprices de Victorine. Elle lui montre qu’elle a compris ce qui se passe, l’aide à avouer, à exprimer tout ce qu’il ressent (et Dieu sait combien les confidences de son mari lui sont cruelles). Gilles souffrant comme un toxicomane en manque, elle l’accompagne dans sa tentative de sevrage, émaillée de rechutes et conclue par un drame où, après tant d’abnégation, Élisa obtient enfin, mais à quel prix, une identité propre : “Gilles, l’homme d’Élisa“.
Banale histoire d’une femme trompée et d’un amour trop grand ? Pas que ça.
Nous sommes en 1937, dans le milieu ouvrier d’une cité industrielle. Dans ce modèle patriarcal, la femme s’occupe du foyer et des enfants. Quand bien même aurait-elle d’autres aspirations, elle ne pourrait les réaliser. Élisa est amoureuse de son mari, alors elle s’investit complètement dans cet amour. Et quand Gilles la trompe, que peut-elle faire d’autre pour survivre que de s’accrocher à l’espoir qu’il reviendra vers elle ?
Mais les frustrations sont aussi masculines : Gilles est possessif et jaloux quand Victorine fait mine de s’éloigner. Il voit bien aussi que son travail d’ouvrier n’est pas des plus épanouissants. Il lui prend des envies d’exil, d’aller travailler au soleil et mieux payé dans une usine en Italie, mais il sent confusément que l’herbe ne sera pas plus verte ailleurs.
La femme de Gilles” est un très beau texte, puissant, faussement simple, tout en émotions, délicatesse et sensualité. L’écriture est aussi fine et épurée que les sentiments sont intenses et fragiles. Élisa, un peu naïve, très digne et stoïque, Gilles faible, aveugle et (involontairement) cruel, Victorine la garce décervelée, ces personnages ne laissent pas indifférent, et leur histoire est poignante et saisissante.
Pour paraphraser M. Thorgall dans sa lecture de l’œuvre (Editions Espace Nord-Labor de 1985) : ce n’est pas l’amour qui tue, c’est son absence.

Présentation par l’éditeur:

Jalousie, en milieu ouvrier, d’une femme trompée par son mari avec sa propre sœur. Signes dont on voudrait croire qu’ils nous leurrent, mais qui sont d’une clarté douloureuse. Travail quotidien, pour tout faire comme avant : la maison, les enfants. Patience, humiliation d’une femme pour garder auprès d’elle Gilles, le seul homme qui existe pour elle, pour le consoler quand l’autre se sera détachée de lui. Amour tellement grand, désir tellement fort qu’il a tout pris de son corps et qu’il ne restera plus rien à la femme de Gilles pour être elle-même…

Evaluation :

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