dimanche , 18 novembre 2018
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La fille du cryptographe

Auteur: Pablo de Santis

Editeur: Métailié – 13 septembre 2018 (380 pages)

Lu en septembre 2018

Mon avis: A Buenos Aires en 1968, Miguel Dorey est un jeune universitaire qui s’est pris de passion pour la cryptographie. Sa référence en la matière est le professeur Ezequiel Colina Ross, spécialiste reconnu mais cependant marginalisé, dont il devient le disciple. Miguel en arrive même à fonder, avec quelques autres étudiants, un Cercle des Cryptographes au sein de l’université. Parmi eux, Eleonora, que Miguel a rencontrée lors d’une manifestation étudiante. Parce qu’en ces années-là, l’Argentine connaît elle aussi son “mai 68”. La grogne estudiantine gagne bientôt les milieux ouvriers et syndicaux, qui s’insurgent contre le pouvoir autoritaire. Le Cercle, lieu paisible purement intellectuel, hors du temps et détaché des contingences du quotidien, est peu à peu infiltré par quelques individus qui le transforment en une base arrière de la révolution. Quand les militaires prennent le pouvoir, ils “réquisitionnent” les étudiants du cercle pour les obliger à déchiffrer les montagnes de documents saisis par les sbires de la dictature. Malgré lui, Miguel décode un message aux implications encore imprécises, mais certainement dangereuses pour son entourage. Il parvient cependant à cacher sa découverte à son geôlier, et il est finalement relâché après des mois d’emprisonnement dans un sous-sol humide et insalubre. Mais il n’est pas libéré pour autant de ce maudit message, qui le poursuivra pendant son exil à Rome, puis à son retour en Argentine, et jusqu’à la mort de Colina Ross.

Ce roman ne raconte pas seulement la vie et la mort d’un cercle de cryptographes dans le contexte de la dictature argentine. Il y superpose d’autres intrigues, liées les unes aux autres : les relations compliquées entre Miguel, Colina Ross et Eleonora (dont on apprend très vite qu’elle est la fille du professeur) ; les recherches de Miguel sur un cryptographe anglais, grand ami de Colina Ross et qui mourut dans un “accident” de voiture ; ce que Miguel découvre en visionnant le seul (et quasi introuvable) film dans lequel joua la femme du professeur, elle aussi morte depuis des années. On plonge dans un monde d’énigmes et de secrets, dans lequel la réalité se cache entre les lignes, dans des non-dits ou derrière des codes. Malgré quelques longueurs et passages … cryptiques (je n’ai pas tout compris des péripéties liées à l’infiltration du cercle), ce livre nous donne à voir une époque de soupçons, de dénonciations et de rivalités dans un climat de paranoïa exacerbée par le contexte politique. Ou quand la cryptographie, hobby conceptuel de quelques étudiants érudits et désœuvrés, devient un outil bien réel au service d’enjeux privés et politiques périlleux.

En partenariat avec les Editions Métailié.

Présentation par l’éditeur:

Miguel Dorey est atteint d’un défaut d’audition qui l’amène à mettre en doute la réalité de ce qu’il entend. Il est obsédé par les langages secrets des civilisations oubliées tout autant que par les codes de l’espionnage. Avec ses camarades du cours du professeur Colina Ross, il fonde un Cercle des cryptographes qui gagne une petite réputation internationale. 
L’agitation étudiante de 1968 va permettre à Miguel de rencontrer Eleonora, une jeune fille pleine de secrets. Mais l’instauration de la dictature dans les années 70 et l’irruption de Victor Crámer, un vieil ennemi du professeur, transforment le paisible Cercle en une organisation proche de la lutte armée qui finira par tomber aux mains des militaires. 
Emprisonnés, isolés du monde, les étudiants sont chargés de déchiffrer tous les écrits confisqués par l’armée, et Miguel découvre des secrets qu’il doit cacher. 
Pour la première fois Pablo de Santis crée un monde ancré dans une époque historique, bien réelle, où son héros lunaire finit par agir sur la vraie vie. Une trame solide et dense nous raconte de façon magistrale le climat sombre, les amours complexes de Miguel et Eleonora, la rivalité, le soupçon et la délation.

Une citation:

– J’ouvris le frigo. Vide. Vide de ce vide vantard dont seuls les frigos sont capables. Ils ne disent pas seulement: il n’y a rien à manger. Ils disent: ta vie est un désastre.

Evaluation :

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2 commentaires

  1. La cryptographie est déjà à elle seule très intrigante, alors ce livre a tout pour attirer. Et puis si les réfrigérateurs se mettent à philosopher, ça rajoute au plaisir !

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