samedi , 21 juillet 2018
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La Terre des mensonges

Auteur: Anne B. Ragde

Éditeur: 10/18 – 2011 (350 pages)

Lu en 2013

la terre des mensongesMon avis: Première partie de la trilogie des Neshov, la mise en place prend son temps et on pourrait craindre l’ennui, mais il n’en est rien, en tout cas pas pour moi. Mais si vous préférez les livres à rebondissements multiples et incessants, sachez cependant que tout le roman se déroule au rythme des saisons qui passent, et qu’il ne sert à rien d’être pressé : les heures et les jours s’écoulent lentement, mais sûrement.
L’histoire est simple: en Norvège, la vieille Anna, matriarche du clan Neshov, est à l’agonie dans sa ferme. Mais n’allons point trop vite, et laissons l’auteur nous présenter successivement les trois fils d’Anna: Margido, croque-mort; Erlend, décorateur homo exilé à Copenhague, en couple depuis des années avec Krumme; et Tor, qui n’a jamais quitté la ferme, où il prend soin de ses porcs comme une mère-poule. Il y a aussi Torunn, la fille de Tor, qui connaît à peine son père, qui n’a jamais rencontré sa grand-mère mais qui pourtant fera le déplacement pour les funérailles. Enfin, il y a le vieux père, considéré comme sénile et encombrant, mais qui pourtant, à la fin du récit, se révélera central et dissipera le voile de mensonges qui enveloppe la famille depuis tant d’années. Entre-temps, on assiste aux retrouvailles (n’imaginez pas les grandes embrassades et les tapes cordiales dans le dos avec les inévitables « tu te souviens… ») entre frères, et à l’irruption d’un vent de fraîcheur avec Torunn.
Les personnages, leur psychologie, leur métier et leur cadre de vie respectifs sont longuement décrits, avec précision et une telle foule de détails qu’on s’y croit vraiment. Les scènes sont parfois glauques (Margido), cocasses (Erlend), écoeurantes (Tor dans la promiscuité de la ferme). Loin d’être ennuyeux, tout cela contribue à rendre l’ambiance oppressante, à illustrer la tension dans les relations entre frères, faites de non-dits et de rancoeurs. Torunn est le seul rayon de soleil dans cette histoire pas franchement gaie, mais la plupart des personnages finissent par devenir attachants.
Très bon livre, facile à lire (à condition d’être patient), prenant et émouvant, au dénouement inattendu.
Je vous laisse, La Ferme des Neshov m’attend…

Présentation par l’éditeur:

Quelques jours avant Noël, en Norvège, dans une ferme délabrée de Trondheim, la tyrannique Anna Neshov se meurt. Ses trois fils, leur père, ombre fantomatique et Torunn, l’unique petite-fille, se retrouvent alors pour la première fois pour une confrontation explosive ou éclateront les drames secrets dont sont tissées leurs vies…

Une citation:

– “Il était toujours stupéfait d’entendre les gens qui s’immergeaient volotairement dans la pire détresse et se donnaient pour mission de raconter aux autres tous les malheurs du monde. Est-ce que cela le rendait meilleur? Les gens obstinés, qui marchaient dans les rues en brandissant des pancartes remplies de gribouillis suivis de nombreux points d’exclamation, croyaient-ils réellement faire oeuvre utile? Ne feraient-ils pas mieux de rentrer chez eux, d’allumer des bougies pour leurs enfants, de faire des gâteaux et de chanter avec eux, d’être heureux? Au lieu d’avoir des enfants confrontés à des parents furieux et indignés, qui leur refilaient des livres pénibles et politiquement corrects, exigeaient qu’ils s’investissent, et, ce faisant, les poussaient vers la drogue, un point de chute pour fuir l’agitation politique qui régnait chez eux”.

Evaluation :

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