samedi , 22 septembre 2018
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La chorale des maîtres bouchers

Auteur: Louise Erdrich

Editeur: Le Livre de Poche – 2007 (568 pages)

Lu en août 2018

Mon avis: En 1918, le jeune Fidelis rentre de la guerre. Au pays des perdants, la vie s’annonce difficile, et il n’hésite pas longtemps avant d’émigrer aux Etats-Unis. Quittant l’Allemagne avec pour tout bagage une valise remplie d’un chapelet de saucisses et de ses couteaux de boucher, il met le cap sur New York. Son but est Seattle, mais il s’arrêtera quelque part entre les deux, à Argus, Dakota du Nord. Bientôt, sa femme Eva et leur fils le rejoignent. A force de travail acharné, ils parviennent à monter leur propre boucherie.
En parallèle, voici Delphine et Cyprian qui reviennent à Argus, après quelques années de bohème à présenter des numéros d’acrobate à travers le pays. Delphine retrouve son père, Roy, alcoolique invétéré, et quelques fantômes du passé. Pour surmonter les difficultés financières et relationnelles avec son père et Cyprian, son échappatoire sera la boucherie, où elle se fait embaucher. C’est ainsi qu’elle fera la connaissance d’Eva, qui deviendra son amie, sa confidente, presque une mère de substitution.
Cette saga familiale s’étale sur une quarantaine d’années, entre Allemagne et Etats-Unis. S’il y est bien question d’un choeur d’hommes et de bouchers, ce sont surtout les portraits de femmes qui sont très marquants : Eva, la maîtresse-femme qui tient sa famille et son commerce à bout de bras quitte à se négliger elle-même, mais qui prévoit tout dans l’attente du pire. Delphine, qui lutte avec ses sentiments et ses états d’âme et trouve encore la force d’essayer de sauver tout le monde, qui manque de se noyer mais garde la tête hors de l’eau, qui aime et déteste son soûlard de père et qui tente de l’interroger sur l’identité de sa mère, qu’elle n’a jamais connue et dont le souvenir ne subsiste que sur une photo floue et dans le cerveau embrumé de Roy. Clarisse, l’amie de Delphine, embaumeuse aux pompes funèbres, libre, indépendante et sûre d’elle, et qui se coltine les lourdes avances du shérif. Tante, la soeur de Fidelis, caricature de la vieille fille acariâtre, rosse, hautaine et envieuse. Et puis Un-Pas-Et-Demi, distinguée chiffonnière, fantasque et marginale, la seule à connaître toutes les nuances de la partition.

Foisonnante galerie de personnages complexes et attachants pour la plupart, « La chorale des maîtres bouchers » nous parle de guerres mondiales et intimes, et des blessures qu’elles laissent, de quête des origines, de nostalgie des racines, d’exil, de liens familiaux et de transmission, de la vie, de la mort, d’amour. Un roman plutôt sombre avec quelques longueurs, mais touchant et très humain, porté par le talent de conteuse de l’auteure.

Présentation par l’éditeur:

1918. De retour du front, Fidelis Waldvogel, un jeune soldat allemand, tente sa chance en Amérique. Avec pour seul bagage une valise pleine de couteaux et de saucisses, il s’arrête à Argus, dans le Dakota du Nord où, bientôt rejoint par sa femme et son fils, il décide d’ouvrir une boucherie et de fonder une chorale, en souvenir de celle des maîtres bouchers où chantait son père.

Des années 1920 aux années 1950, entre l’Europe et l’Amérique, ce roman à la fois épique et intime retrace le destin d’une famille confrontée au tumulte du monde.

Une citation:

– Depuis sa découverte de la réserve de livres à l’étage du dessous, sur son lieu de travail, elle avait été mêlée à une foule invraisemblable de gens et à leurs faits et gestes. Elle lisait Edith Wharton, Hemingway, Dos Passos, George Eliot, et pour le réconfort, Jane Austen. Le plaisir de ce genre de vie – livresque, pouvait-on dire à son avis, une vie passée à lire – avait donné à son isolement un caractères riche et même subversif. […] Qu’elle garde son père drogué sur son lit à côté de la cuisinière, qu’elle soit sans enfant, sans mari et pauvre, comptait moins dès lors qu’elle prenait un volume en main. Ses erreurs y disparaissaient. Elle vivait avec une énergie inventée.

Evaluation :

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5 commentaires

  1. J’ai découvert l’auteur avec ce titre et n’en ai pas lu d’autres pour l’instant, mais cela ne saurait tarder parce que j’avais beaucoup aimé cette saga et tous ses personnages en effet si attachants.

  2. J’aime beaucoup ce genre de saga. Je vais essayer de trouver ce livre. Merci pour cette belle critique qui donne vraiment envie de lire le livre.

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