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Made in Trenton

Auteur: Tadzio Koelb

Editeur: Buchet-Chastel – 23 août 2018 (256 pages)

Lu en juillet 2018

Mon avis: Un imposteur. Abe Kunstler n’est qu’un imposteur. Ca a commencé en 1946, juste après la deuxième guerre mondiale. A Trenton, dans le New Jersey, l’industrie est en plein essor. Les femmes qui travaillaient à l’usine pendant que les hommes étaient au front leur cèdent la place et reviennent derrière leurs fourneaux. Mais certains vétérans sont traumatisés par la boucherie vécue sur le Vieux Continent et ne sont plus bons à grand-chose. Abe n’a pas fait la guerre (et pour cause), même s’il prétend le contraire et affirme avoir été “mutilé”. Il a endossé l’identité et le passé d’un de ces malheureux troufions déchus dans l’alcool et la violence. Prêt à tout pour cacher son terrible secret, Abe rêve du rêve américain : travail et confort matériel, mais surtout : famille, qui lui permettra de consolider sa nouvelle identité. Embauché à l’usine, il est rude à la tâche, fait profil bas mais s’intègre et va boire avec ses potes après le boulot. Il fréquente aussi les soirées dansantes, où il jette son dévolu sur Inez. Ce n’est pas vraiment de l’amour (et pour cause), mais la jeune femme servira parfaitement et à son insu, les plans sordides et délirants de Abe. Pendant des années, celui-ci réussira à mystifier son entourage avec le mirage de sa vie de famille. Mais, devenu alcoolique impénitent et toujours aussi violent, paranoïaque et pouilleux, il vacille et voit son secret échapper à son contrôle.

Ce roman est terriblement malsain et dérangeant. Un personnage obsessionnel dévoré d’ambition qui poursuit son objectif en recourant à des manœuvres de dissimulation invraisemblables, cela aurait pu être intéressant, captivant, passionnant. Mais le gros problème, c’est justement ça : l’invraisemblance. Qu’Abe Kunstler soit un imposteur et un grand malade, pas de doute, mais qu’il soit parvenu à cacher un tel secret pendant plus de 20 ans, qu’il ait su manipuler Inez à ce point et pendant aussi longtemps, qu’il s’enfonce dans le mensonge jusqu’à l’absurde ? Désolée, ça ne passe pas, c’est trop peu crédible en plus d’être glauque. Quant au style, il n’arrange rien : la prose est boursouflée et parfois nébuleuse, en particulier dans les passages introspectifs censés nous éclairer sur les motivations de Abe. Lesquels passages un brin ésotériques ne sont pas cohérents avec le personnage, col bleu ivrogne et pratiquement inculte.
Bref il y avait des thèmes à exploiter davantage, comme les modifications des rôles des femmes et des hommes pendant et après la guerre, l’identité, la condition ouvrière…, mais j’en ressors avec l’impression désagréable que l’auteur s’est laissé aller à se regarder écrire plutôt que de se soucier de donner du plaisir à son lecteur.

En partenariat avec les éditions Buchet-Chastel via Netgalley.

Présentation par l’éditeur:

New Jersey, 1946. Alors que le monde sort tout juste des horreurs de la guerre, travailler dans l’industrie florissante de Trenton est une des clés de l’émancipation pour les classes populaires de la côte est des États-Unis. Le rêve américain fonctionne à plein, et le mystérieux Abe Kunstler, nouveau venu à l’usine, semble déterminé à en tirer parti. Travailleur obstiné, bon camarade, buveur émérite, Abe est l’archétype du col bleu : sauf qu’Abe est un mirage, un imposteur qui cache un terrible secret.

De l’après-guerre au Vietnam, l’histoire de Kunstler nous montre combien ce rêve américain est une machine implacable qui broie tous ceux qui ne sont pas nés dans la bonne classe, le bon corps, la bonne peau.

Confronté à une société américaine au conformisme impitoyable, empêtré dans une vie de mensonges et menacé de voir son secret révélé, jusqu’où Abe Kunstler sera-t-il prêt à aller pour préserver l’existence qu’il a tenté de se forger ?

Evaluation :

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2 commentaires

  1. C’est bien aussi des titres qui ne grossissent pas ma PAL ! :0)

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