lundi , 28 septembre 2020

L’affaire Mayerling

Auteur: Bernard Quiriny

Éditeur: Rivages poche – 2019 (284 pages)

Lu en juin 2020

Mon avis: Si, comme beaucoup de Belges, vous avez une brique dans le ventre, la lecture de ce roman va vous la rendre particulièrement indigeste.

La résidence Mayerling est un immeuble à appartements de haut standing, fraîchement sorti de terre à Rouvières, paisible petite ville de province. Les candidats à l’achat et au bonheur immobilier se précipitent sur cette promesse de luxe et de modernité, de calme et de sécurité entre gens de bonne compagnie.

Un nid douillet, un rêve, qui va pourtant se transformer en taudis et virer au cauchemar.

Des voisins bruyants et irrespectueux, des fenêtres qui ne se ferment/ne s’ouvrent pas, la plomberie qui coule goutte à goutte ou à torrents, les sanitaires qui refoulent les horreurs censées y disparaître, les caves squattées par d’épouvantables malpropres sans-gêne, des garages où l’on peut à peiner parquer une trottinette, des poubelles qui ne sont pas collectées, et tout ce qui peut arriver de pire dans un tel habitat collectif, jusqu’à engendrer changements de comportements, fantômes, dépressions et violences.

Mais que se passe-t-il donc au Mayerling ?

Malfaçons, malversations, malédiction ?

Il semble bien qu’en l’espèce, le coupable soit (rien que ça!) l’immeuble lui-même. La vengeance du béton sur les humains, coupables de vouloir s’entasser dans des cellules empilées et semblables les unes aux autres ?

Quoi qu’il en soit, la créature se rebelle contre ses créateurs, et en l’occurrence le combat est titanesque. Un noyau dur d’habitants du Mayerling constitue une société secrète et entend bien mater le monstre par tous les moyens (oui, tous), quitte à déclencher une guerre destructrice, sans quartiers ni prisonniers.

Un immeuble maléfique, un cauchemar immobilier comme on espère ne jamais en vivre et qui tourne au drame, rien que du glauque et du terrible, et pourtant l’auteur en fait un conte fantastique cocasse et jubilatoire, bourré d’ironie. Il croque à merveille les relations de voisinage, les petites et grandes catastrophes typiques de ce genre d’immeuble, et il mène une charge virulente contre toute la chaîne immobilière, des architectes aux agents en passant par les promoteurs et l’administration de l’urbanisme.

Un roman addictif et jouissif, mais néanmoins angoissant quand on réalise que, dans ce type d’habitat, il suffit finalement de peu de choses pour que son “chez soi”, censé être l’ultime abri, l’ultime refuge, devienne soudain inconfortable, insupportable, invivable.

Présentation par l’éditeur:

Qu’arrive-t-il aux habitants du Mayerling ?

Cette résidence neuve de haut standing, aux occupants triés sur le volet, est une promesse de sérénité à laquelle succombent de nombreux acheteurs en quête de sécurité dans la ville de Rouvières. Mais derrière ses portes protégées par les digicodes, la vie se dérègle peu à peu. Les conflits et les accidents se succèdent. Les Lemoine, jeune couple dynamique, s’entredéchirent. La très pieuse Mme Camy se retrouve nymphomane. M. Paul rêve d’assassiner ses voisins bruyants. Une odeur pestilentielle s’échappe du logement de Mme Meunier. Et Mme Chopard voit le fantôme de sa mère…

Le Mayerling aurait-il décidé d’en finir avec ses habitants?

Dans ce roman drôle et glaçant, de situations cocasses en dérapages absurdes, Bernard Quiriny dresse le portrait d’une société prisonnière de ses rêves de béton.

Evaluation :

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