jeudi , 9 juillet 2020

Le chagrin des origines

Auteur: Laurence Nobécourt

Editeur: Albin Michel – 4 septembre 2019 (224 pages)

Lu en décembre 2019

Mon avis:Deviens qui tu es“. Telle est la quête de Laurence Nobécourt (qui pour l’occasion se réapproprie son prénom, renonçant au “Lorette” qui la désigne depuis toujours). Mal dans sa peau depuis l’enfance, au propre comme au figuré puisqu’elle a longtemps souffert d’un eczéma envahissant, elle a trouvé sa voix, sa voie, celle de la guérison, dans l’écriture. Née dans une famille bourgeoise et rigide, elle adore sa mère qui pourtant ne la désirait pas et lui manifeste bien peu d’attention, incapable d’assumer ce rôle maternel. Sans savoir à ce moment qu’elle serait son viatique, la petite se réfugie déjà dans l’écriture : “on ne guérit jamais tout à fait de ses blessures, mais l’écriture les désactive“. Le chemin est encore long et éprouvant avant de découvrir le sens de la vie, et il sinue entre la dépression, les champignons hallucinogènes, l’aliénation sexuelle, les lectures, l’amour. Et toujours l’écriture, le Verbe et la foi chrétienne, qui ne font qu’un et la soutiennent inlassablement dans sa lutte pour se trouver elle-même et pour enfin opérer la séparation salvatrice qui fera d’elle une individualité à part entière: “Plus je vieillis, plus il m’apparaît à quel point – et même de façon extravagante – l’enfance nous conditionne et nous marque. Qu’il faut peut-être toute une vie pour s’en libérer et devenir alors seulement soi-même, enrichi de tout ce dont on s’est défait, qui nous a constitués et modelés“, ou encore : “Il est bien difficile à qui n’a pas visité en profondeur la nature de ses propres enjeux psychiques de comprendre et d’admettre que la seule possibilité qu’il reste parfois de manifester son amour à l’égard d’autrui est de mettre ce dernier à distance. Quand bien même il s’agirait de sa propre mère“.
Laurence Nobécourt se livre dans une mise à nu totale, impressionnante de sincérité : une histoire de vie entre exaltation et mélancolie, ombre et lumière. Son parcours est une quête de la connaissance de soi à la fois philosophique, psychologique, spirituelle voire mystique, qu’elle nous offre dans un récit intense et émouvant. Un texte (un peu trop) exigeant, à l’image du chemin qu’elle a parcouru vers l’amour et la liberté. “De roman en roman, à travers la force de la fiction, j’ai mis au jour un récit de mon histoire dont la vérité a fait sens au point que le corps la reconnaisse et ouvre le passage au vivant et à la guérison. […] Devenir auteur, c’est s’affranchir de l’esclavage d’un récit qui nous enferme et nous fixe de façon mortifère. C’est, phrase après phrase, ouvrir le passage de la mer Rouge qui nous libère chaque fois d’une fiction plus ancienne pour, de texte en texte, atteindre progressivement à la vérité de nous-mêmes“.

Présentation par l’éditeur:

Laurence Nobécourt ne se paie pas de mots quand elle nous dit que l’écriture l’a sauvée : ce récit est un brûlant hommage à cette “voie du verbe” qui permet de se rapprocher de soi-même et de donner sens à la vie. Elle nous donne en partage les moments initiatiques sur cette voie escarpée : le corps exsudant la souffrance psychique ; la quête perpétuelle du pourquoi de ce “chagrin des origines” ; les années douloureuses à vouloir se perdre dans l’addiction ; l’aspiration de la mélancolie mais aussi les lectures, gages d’ouverture de la ligne d’horizon ; une nuit fondatrice sous l’emprise d’un champignon hallucinogène, où lui est révélée la réalité d’un monde qui n’est qu’amour et qu’elle n’aura de cesse de retrouver dans l’écriture…
Dans cette prospection intime dont Laurence Nobécourt nous décrit les aléas, les rêves meurtris, les illusions et les éblouissements, une âme se met à nu sans tricher, toujours guidée par une foi aussi libre que fervente et communicative.

Evaluation :

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