samedi , 21 septembre 2019
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Les absentes

Auteur: Vincent Engel

Editeur: JC Lattès – 2006 (645 pages)

Lu en juillet 2014

les absentesMon avis: Ce pavé de 640 pages me laisse une impression mitigée.
Il est découpé en trois parties, dont chacune est centrée sur la vie d’un homme. Les deux premières se déroulent au 19ème siècle, en Toscane, et nous présentent successivement Gioacchino Bruchola et Domenico Della Rocca. Le premier grandit livré à lui-même sans véritable figure d’autorité dans une famille de hobereaux décadents. Perdue au sein de cet entourage malsain, l’âme sensible de Gioacchino ne tarde pas à se pervertir. A peine âgé de 20 ans, il endosse le rôle de chef de famille, autoritaire, cruel, arrogant, manipulateur et égoïste. Un vrai sale type bête et méchant, pour qui le servage et le droit de cuissage existent toujours. Méprisant ce milieu étriqué de faibles et d’imbéciles, il rêve d’aventures et de richesse, et part sur les routes. De Venise aux Pouilles en passant par Paris, il se transforme, de noblaillon désargenté et haineux en bandit de grands chemins fou furieux, dévoré par la colère.
Domenico Della Rocca ne sort pas du même moule. Il n’a pas connu sa mère qui, peu après sa naissance, s’est enfuie au bras de son amant, abandonnant son époux, son enfant et la Toscane sans espoir de retour. Domenico grandit tristement entre un père enfermé dans son chagrin et l’image idéale mais inventée de sa mère. Lui aussi restera longtemps prisonnier de ses songes et de ses fantômes, jusqu’à sa rencontre avec une étoile filante, qui lui montrera la vie et le bonheur.
La troisième partie est contemporaine et centrée sur Baptiste Morgan, étudiant en lettres, futur professeur d’université et futur grand écrivain. Fragile, sensible, un peu asocial, affublé d’un ego surdimensionné, d’un père castrateur et d’une mère agonisant d’un cancer depuis 8 ans, il est le parfait exemple du gamin insupportable. Après avoir essuyé les classiques refus des grands éditeurs parisiens, il est invité à Venise par un mystérieux personnage, Asmodée Edern. Baptiste accepte, dans l’espoir d’une rencontre décisive pour sa carrière d’auteur. Mais rien ne sera simple dans cette aventure…
On retrouve dans ce roman quelques personnages secondaires de Retour à Montechiarro, qui jouent ici un rôle principal. Si Gioacchino et Domenico sont clairement liés, le rapport avec Baptiste Morgan est beaucoup plus ténu.
Les trois parties ont en commun Venise, Asmodée Edern, et les femmes. Ce sont elles, les Absentes. La plupart ombres, fantômes ou chimères, quelques-unes bien réelles, salvatrices ou mortifères, leur influence sur ces hommes est décisive.
Impression mitigée, disais-je en début de chronique. En effet, j’ai retrouvé dans les deux premières parties l’ambiance romanesque de « Retour… », qui m’avait à l’époque beaucoup emballée. Malgré des personnages peu nuancés et excessivement torturés, ces deux parties sont d’une lecture agréable et palpitante, qui fait oublier le style trop lyrique et la foultitude de détails.
Mais la troisième partie est décevante. A cause, entre autres, du caractère de Baptiste, peu aimable, mais aussi d’une surabondance de thèmes abordés : tourments de la création artistique, passage à l’âge adulte, triangle oedipien, recherche de l’amour et du bonheur, critique du tourisme de masse, exégèse de la peinture italienne se mélangent au cours de ce séjour à Venise, qui tient à la fois du voyage initiatique et du jeu de piste. Ajoutez-y clichés, mièvreries, mystères et mystifications, et vous obtenez un fatras maladroit, ou trop ambitieux. L’auteur court trop de lièvres à la fois sans, comble de la frustration pour le lecteur, donner la clé de ces énigmes. Comme si lui-même s’y perdait et ne savait plus comment dénouer ces intrigues trop bien emmêlées. Et c’est là évidemment que la lourdeur du style se fait durement ressentir, faisant couler un peu plus la gondole.
Et il y a une chose qui me turlupine (un mystère de plus…). D’après le titre du chapitre, Baptiste est né en 1985. Donc, à l’époque du récit, il a environ 21 ans (fin de ses études), et nous sommes donc en 2006 (tiens, date de parution des Absentes…). Mais qui diable utilisait encore en 2006 des cassettes pour écouter de la musique, descendait à la cabine pour téléphoner en PCV et prenait le train (moins cher que l’avion !) pour relier Bruxelles à Venise, le tout à 21 ans ? Ma seule explication est que 1985 n’est pas l’année de la naissance physique de Baptiste, mais celle de son entrée dans la « vraie » vie. Ce qui le ferait naître vers 1963. C’est alors qu’on se dit que cet imbuvable et à peine attendrissant Baptiste doit être le double littéraire de Vincent Engel. Celui-ci a en effet écrit un livre sous ce pseudonyme, et partage avec Baptiste quelques éléments biographiques : né à Uccle en 1963, étudiant puis professeur à l’UCL à Louvain-la-Neuve,… Quoi qu’il en soit, ma conclusion vaudra tant pour le héros que pour l’auteur : peut mieux faire…

Présentation par l’éditeur:

Quelles sont les raisons qui poussent les uns à rechercher la compagnie de leurs semblables et les autres à la fuir ? Quel manque creusent en nous le départ et l’absence des êtres aimés, ce vide qui sera l’ombre de nos vies ?

Dans la Toscane du XIXe siècle, autour de Montechiarro, Gioacchino Bruchola et Domenico Della Rocca suivent, sur le fil rouge de l’absence, deux parcours aussi différents que possibles, mais qui auront leurs points de rencontres, de vie, d’amour et de mort. Anges ou fantômes, quelques femmes nourriront leurs inquiétudes et les pousseront toujours plus loin sur la voie d’une éducation sentimentale qui prendra la forme de leur destin. Arianna et son secret englouti ; Laetitia, disparue après avoir mis au monde Domenico et affolé Gioacchino ; Alicia, frêle messagère rédemptrice

Un siècle plus tard, dans une Venise dénaturée par le tourisme, Baptiste Morgan, jeune écrivain inconnu, connaîtra à son tour l’initiation de l’art, de l’amour et du deuil, sous la houlette d’un Asmodée Edern toujours aussi mystérieux. Il relira et reliera les récits anciens de ces familles qu’il n’a pas connues, et dont son écriture, seule, assurera peut-être la pérennité.

Une citation:

– “...la sacro-sainte culpabilité sans laquelle les Eglises s’effondreraient et les hommes seraient libres!”

Evaluation :

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Un commentaire

  1. Avatar

    Et bien voilà une conclusion que le proverbe “tel est pris qui croyait prendre” ne démentira pas.

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