samedi , 21 septembre 2019
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Les vivants et les ombres

Auteur: Diane Meur

Editeur: Le Livre de Poche – 2009 (633 pages)

Prix Rossel 2007

Lu en juillet 2016

les vivants et les ombresMon avis: Comment dérouler, de l’intérieur, le fil d’une histoire familiale qui s’étale sur plus d’un siècle, et cela sans changer de point de vue ? Simplement (encore fallait-il y penser) en la laissant raconter par la maison de famille elle-même.
Voici donc, en ce 19ème siècle mouvementé, la saga des Zemka, famille aux origines équivoques, rattachée par une quasi-mésalliance à la petite noblesse locale de Galicie en Pologne, retracée par les murs qui l’abritent et qui en connaissent tous les secrets honteux, les petits arrangements avec les consciences, les drames et les passions cachées. Ou presque. Car une maison, par définition, est un immeuble, et son champ de vision et d’audition ne porte guère au-delà des grilles de son parc. Cette improbable narratrice n’est donc pas omnisciente et doit parfois recouper les bribes d’information, extrapoler, déduire, supputer. Mais globalement, peu de choses lui échappent. Il faut dire que la plupart de ses habitants – surtout les femmes – lui sont attachés à perpétuelle demeure, aussi immobiles que les pierres de ses fondations. Dans ce coin perdu de Pologne (mais pas seulement là), les femmes de l’aristocratie sont corsetées dans un rôle essentiellement domestique, entre organisation de réceptions et recherche du meilleur parti pour leurs filles. Celles-ci ne font pas d’études poussées, n’exercent pas de métier, ne se mêlent pas de politique ou d’économie, mais épousent sagement l’homme que leurs parents leur ont choisi. Parfois, on ne sait trop comment ni pourquoi, certaines sont prises de passion amoureuse et/ou de désir de liberté. Hélas, point de salut pour elles dans cette maison qui leur est un huis clos. Elles ne sont que des ombres, les ombres de ce qu’elles pourraient être si seulement elles parvenaient à s’arracher à ces murs. Certaines en seront capables, mais à quel prix…
Si les femmes sont les ombres, les hommes seraient donc les vivants ? Pas si sûr… Point non plus de destin brillant pour ceux qui resteraient trop enracinés sur ces terres. Ainsi, le patriarche Jozef, s’il a réussi à développer et moderniser la sucrerie familiale, souffre sans se l’avouer d’être resté dans l’ombre de son frère, flamboyant héros parcourant l’Europe en vue de la lutte pour l’indépendance de la Pologne. Et que dire de Zygmunt, le précepteur des filles de la famille, pétri d’idées révolutionnaires…
L’ironie de l’histoire, c’est que la maison elle-même finira par comprendre qu’elle est une prison pour la gent féminine qui l’occupe et qu’elle-même étouffe sous le poids de son immobilisme. Mais comment pourrait-elle s’évader de ses propres murs ?

Mis à part l’originalité quant au narrateur, je dois avouer que je n’ai pas trouvé ce pavé bien folichon. Tout cela est fort convenu : une saga familiale sur plusieurs générations, avec des destins contrariés, des rêves brisés, des morts prématurées ou trop tardives, des amours impossibles ou malheureuses, des secrets, des tares et des scandales. Beaucoup de mesquinerie et bien peu de chaleur humaine, de la haine ordinaire et de la résignation. L’auteur tente d’inscrire tout cela dans le contexte troublé des luttes pour l’indépendance de la Pologne et contre le servage, mais les données historiques de cette période (certes complexes) manquent de précisions à mon goût. Ce n’est qu’à la page 629 (sur 633, édition de poche), que j’ai compris que les Ruthènes étaient des Ukrainiens, et j’attends toujours qu’on m’explique en quoi ont consisté réellement les événements de 1848. Le style ne rattrape pas non plus la sauce, trop plat, voire parfois puéril. Tout cela m’a ennuyée, par manque de souffle et de profondeur, ce qui est bien dommage pour un roman au si long cours.

Présentation par l’éditeur:

1821. En Galicie, alors rattachée à l’empire habsbourgeois, l’obscure famille Zemka reconquiert le domaine fondé par un ancêtre issu de la noblesse et s’engage fiévreusement dans la lutte d’indépendance de la Pologne. Pour retracer son ascension puis sa décadence, Diane Meur convoque une singulière narratrice : la maison elle-même qui, derrière sa façade blanche et son fronton néoclassique, épie ses habitants. Indiscrète et manipulatrice, elle attise les passions, entremêle les destins, guette l’écho des événements qui, des révolutions de 1848 aux tensions annonciatrices du désastre de 1914, font l’histoire de l’Europe. Les femmes surtout, condamnées à la réclusion dans la sphère domestique, la fascinent. L’une d’elles, enfin, va réussir à s’en aller…

Quelques citations: 

Une pression de main aurait suffi à énamourer cette imaginative si sevrée d’affection; et elle portait assez en elle pour entretenir pendant de longues années un feu sans aliments externes.

… je suis persuadée qu’en chaque homme, si attaché qu’il soit à l’état présent des choses, sommeille un goût caché pour la secousse qui change le monde et infléchit les vies. Cette secousse encore indistincte, j’affirme que tous, ici, la désiraient sans forcément se l’avouer, comme le corps finit par désirer le coup qu’il sait inévitable, ou comme la pucelle finit par désirer la blessure qui fera d’elle une épouse ou une déchue, mais du moins autre chose.

“Je vous présente mes sincères condoléances, mademoiselle. Voilà encore une dure épreuve pour vous. Madame votre mère n’a pas eu une vie fort gaie; consolez-vous, si vous le pouvez, en pensant qu’elle a sans doute trouvé maintenant la paix.” Elle a hoché la tête, et plus tard seulement s’est demandé ce qu’il avait bien voulu lui dire. Une vie triste, sa mère? C’est une idée nouvelle et déroutante. Sa mère était sa mère, enfin! pourquoi chercher plus loin?

Evaluation :

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3 commentaires

  1. Avatar

    Et bien je ne vais pas me forcer à lire ce roman ! Je passe mon tour.

  2. Avatar

    Dommage, le procédé me tentait mais vu ton avis, je passe mon tour. Il me semble d’ailleurs qu’il existe d’autres romans qui utilise le procédé de la maison-narratrice, non ? Je n’ai pas de titre qui me viennent en tête, là, mais il me semble avoir déjà lu cela dans des critiques.

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