mercredi , 23 janvier 2019
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Arlington Park

Auteur: Rachel Cusk

Editeur: Points – 2008 (263 pages)

Lu en 2013

arlington parkMon avis: Avis aux amateurs/trices de romans d’action, d’intrigues familiales à rebondissements ou même de potins de voisinage, passez votre chemin, Arlington Park ne peut rien pour vous.
Car il ne se passe rien dans cette petite ville anglaise de la banlieue londonienne. Rien, à part les embouteillages du centre-ville, le parcours du combattant des mères de famille conduisant leurs enfants à l’école, la virée shopping culpabilisante parce que jouissive (ou l’inverse) de ces mêmes mères dans un de ces centres commerciaux sinistres en bordure d’autoroute, la routine métro-boulot-dodo des maris de ces dames, et la pluie, la pluie. Tout ça est d’un ennui mortel.
Mortel, vous avez dit mortel ? Oui, car bien qu’il n’y ait ni meurtre ni autre fait divers sanglant, il est pourtant question ici d’assassinat. Rassurez-vous, rien de violent, ni même d’illégal. Rien qu’une lente mais sûre tuerie de masse dont les victimes sont les femmes et les coupables leurs maris, leurs enfants, le regard des autres et la pression de la société, qui exige la perfection.
Vous commencez à comprendre, l’auteur nous parle du mariage, « l’autre nom de la haine », et de la maternité, ces assassins qui prennent les femmes au piège dès la noce à la mairie.
L’auteur nous présente donc tour à tour Juliet, Christine, Maisie et quelques autres (je dois avouer n’avoir pas retenu les prénoms de ces dignes ménagères, ni ceux des maris et enfants, tellement ils m’ont semblé interchangeables). Ces jeunes mères au foyer en pilotage automatique traînent leur ennui et leur épuisement de la même façon qu’elles traînent à bout de bras leur progéniture sur le chemin de l’école. Esclaves du train-train quotidien, voilà que tout à coup leurs consciences se rappellent à leur souvenir pour leur demander ce qu’elles ont fait de leurs rêves et de leurs espérances, et pourquoi elles ont été incapables de résister et de vivre par et pour elles-mêmes.
Il y aurait eu là matière à un essai sociologique sur la condition de la femme au foyer de la middle class britannique. Mais en faire un sujet de roman, je trouve que c’est un peu raté. Ce livre est ennuyeux, déprimant, énervant. Ces bonnes femmes sont pathétiques (mention spéciale à Christine), aussi attachantes que des portes de grange, on a juste envie de les secouer pour les sortir de leur torpeur. On passe les 350 pages du roman dans leurs têtes, en introspections lugubres et aseptisées. Car il pourrait y avoir des cris, de la colère, de la révolte, des larmes, mais non. Tout est plat. A peine quelques actes de rébellion pour relever un électroencéphalogramme moribond: un changement de coiffure, une boîte en plastique jetée contre un mur, un maquillage provocant,…Comme des hurlements qu’on oserait seulement chuchoter.
Bref, je n’ai pas aimé ce livre, à vous dégoûter des enfants. Trop cérébral, trop négatif. Car il n’est jamais question de joie, de bonheur, de tendresse, ni, surtout, d’amour. Ca manque terriblement de chaleur humaine. La vie de couple et la maternité ne sont certainement pas toujours roses (et l’auteur se charge de faire voler en éclats tous les clichés du genre), mais j’ai du mal à concevoir que la vie de ces femmes puisse être aussi triste et pauvre. C’est peut-être ça que l’auteur essaie de nous dire : il ne sert à rien de rester assis à se lamenter sur son sort : soit on se contente de ce qu’on a et on arrête de se plaindre, soit on se révolte et on cherche le bonheur là où il se cache.

Présentation par l’éditeur:

Les femmes d’Arlington Park, une banlieue résidentielle cossue, ont tout pour être heureuses, malgré leurs vies trop bien réglées. Juliet, Amanda, Maisie et Solly semblent perdues en eaux troubles. Dans leur cuisine, au supermarché ou dans une cabine d’essayage, elles dévoilent leur conscience et leurs pensées.

Quelques citations:

– “Pourquoi Barnaby ne la détesterait-il pas? Pourquoi pas, quand elle se détestait elle-même? Non, elle ne se détestait pas; pas tout à fait ça. C’était seulement qu’elle était si lourde. Elle était pleine du dépôt des jours gâchés.”

– “Pas question! cracha Sara. Aucune chance. Je n’aurai pas d’enfants. Je vivrai seule. Et je ne me marierai jamais jamais. Le mariage est l’autre nom de la haine.”

– “Christine n’aimait pas paniquer. C’était suggérer qu’on prenait la vie avec un sérieux totalement inapproprié.”

– “Il y a cent ans de cela une femme savait que sa vie serait finie à l’instant où elle serait enceinte.”

Evaluation :

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