jeudi , 25 février 2021

Instructions pour sauver le monde

Auteur: Rosa Montero

Éditeur: Métailié – 2010 (276 pages)

Lu en janvier 2021

Mon avis: Les mondes de Matias, de Daniel, de Fatma et de Cerveau ont bien besoin d’être sauvés.
Les destins de ces deux hommes et ces deux femmes, qui ne se connaissent pas, qui ont vécu ou vivent des choses terribles, ou qui ne vivent pas vraiment, vont s’entrecroiser par la volonté du hasard, à moins que le hasard n’ait rien à voir là-dedans.
Quant aux instructions pour les sauver, ces mondes, elles sont tout sauf explicites, et chacun se débat comme il peut avec son passé, son énergie (ou son absence), ses addictions, ses idées fixes.
Matias, chauffeur de taxi, ne se remet pas de la mort de la femme de sa vie, emportée par un cancer. Daniel se perd dans les dédales de Second Life, un jeu virtuel qu’il trouve plus excitant que sa vie, vraie et misérable. Fatma, sublime prostituée africaine, est coincée dans un lupanar de luxe, et Cerveau, vieille scientifique alcoolique, noie on-ne-sait-quoi dans les bouteilles de rouge qu’elle écluse nuit après nuit.
Dit comme cela, ce livre ne semble pas très réjouissant, et pourtant. Pourtant il y a toujours chez Rosa Montero quelque chose qui illumine les histoires les plus moches et les plus atroces, comme s’il y avait toujours un brin d’espoir auquel s’accrocher, une étincelle au bout d’un tunnel, qu’on s’obstine à ne pas quitter des yeux alors que tout nous pousse à les fermer et à renoncer.
J’ai du mal à expliquer pourquoi l’écriture de Rosa Montero me touche, m’émeut autant. Peut-être parce qu’elle est réconfortante malgré toute la douleur et les difficultés qu’affrontent ses personnages. Peut-être parce qu’elle est bourrée d’humanité et de générosité, d’une sincérité (que les mauvaises langues qualifieraient de naïveté) qui (me) va droit au cœur. Je ne sais pas si ce roman sauvera le monde, mais il réchauffe l’âme, c’est déjà beaucoup.

Présentation par l’éditeur:

Quatre personnages plongés dans l’apocalypse de la modernité d’une grande cité vont voir leurs destins se croiser. Un chauffeur de taxi veuf qui ne peut pas se consoler de la mort de sa femme, un médecin sans illusions perdu dans les espaces virtuels de Second Life, une prostituée africaine accrochée à la vie que protège son totem, un petit lézard, et une vieille scientifique alcoolique et pédagogue sont les héros de ce conte philosophique sur fond d’assassinats en série, de terrorisme et de petits prodiges.
En raconteuse d’histoires étranges talentueuse, Rosa Montero nous parle des hasards et des coïncidences et écrit une histoire d’espérance, une tragicomédie entre humour et émotion. Un texte captivant qui nous montre que “la vie est belle, folle et douloureuse. Une fable pour adultes qui invite à profiter de la beauté, maîtriser la douleur et rire de cette incroyable folie”.

Quelques citations:

– Daniel ne comprenait pas pourquoi le bonheur ne fonctionnait pas: en réalité, ça n’avait pas l’air d’une chose si difficile. Par exemple, au point où il en était, il lui aurait suffi que quelqu’un l’aime. Que quelqu’un l’aime de cette manière si complice et complète qu’il avait imaginée dans son adolescence. De cet amour qu’il croyait éprouver pour Marina quand ils s’étaient connus. Mais à présent, après tant d’années passées à dormir ensemble toutes les nuits, à partager l’intimité suprême de la transpiration et des flatulences, ce vieil amour était enterré sous des couches géologiques de rancœur et de peine. Quelle chose étrange que, ayant tellement désiré s’aimer, ils n’aient pas été capables de le faire, se dit Daniel.

– Et, par ailleurs, qu’est-ce qui était le pire? La tristesse du bonheur perdu, ou l’amertume glacée de celui jamais vécu, de la félicité non atteinte?

– Cerveau n’avait jamais désiré avoir d’enfant, elle n’avait jamais ressenti l’appel maternel. Et elle ne croyait pas qu’être une femme consistait à accoucher. Mais son entraînement scientifique la rendait également consciente de l’échec biologique de ses gènes. Tous les êtres humains, hommes et femmes, étaient le produit d’un très long, d’un multiple et retentissant succès. Du triomphe de chacun de leurs ancêtres . […] toute cette lignée génitrice qui remontait jusqu’à se perdre dans le passé le plus lointain, était composée d’individus qui avaient réussi à naître, à ne pas mourir en bas âge, à grandir, à s’accoupler avec un partenaire adéquat et fertile, à avoir au moins un enfant et à le maintenir en vie suffisamment longtemps pour que le processus continue. Oui, Cerveau était la conséquence d’une réussite collective monumentale, mais ce témoin génétique se perdrait à présent. Son petit et trivial échec biologique mettait un point final à une lignée de survie millénaire. Mais c’était peut-être mieux ainsi. C’était peut-être mieux de pouvoir retourner à la pureté des atomes sans aucun handicap, sans aucun bagage, sans laisser aucune trace individuelle. […] Quel soulagement de pouvoir redevenir juste et rien qu’une poignée d’atomes, infiniment petits, infiniment durables, infiniment prodigieux. 

Evaluation :

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