mercredi , 27 mai 2020

Je m’appelle Nathan Lucius

Auteur: Mark Winkler

Editeur: Métailié – 2017 (240 pages)

Lu en novembre 2019

Mon avis: Je m’appelle Nathan Lucius, j’ai 31 ans et je vis seul dans un petit appartement à Capetown. Ma vie est banale et ordinaire, j’ai un boulot pas terrible dans une agence qui vend des espaces publicitaires, mais ma chef est sympa, parfois on va boire des bières ensemble. Je collectionne les vieilles photos de gens que je ne connais pas et je m’en fais des arbres généalogiques pour me construire une famille. Je n’aime pas qu’on entre dans mon appartement mais j’aime faire du jogging, et j’aime quand les jours se suivent et se ressemblent. Ma voisine de palier s’intéresse à moi, mais ma seule vraie amie, c’est Madge. Elle est plus vieille que moi et vend des antiquités auxquelles elle ne connaît rien. Un jour, elle m’a dit qu’elle avait un cancer et m’a demandé de l’aider à mourir. C’était vraiment nul, cette idée.
PS : je vous raconte mon histoire dans “un roman en 67 265 mots”.

A lire la première partie du roman, on pense que Nathan est un gars à l’image de sa vie, banal et ordinaire, plutôt sympathique. Même si quelques petits détails par-ci par-là laissent penser qu’il a un léger problème de socialisation. Mais après tout, qui n’a pas ses petites manies ? En lisant la seconde partie, on comprend peu à peu l’ampleur du “léger problème” et son origine.
Ce surprenant roman psychologique commence donc gentiment, avec humour et légèreté et un Nathan attachant malgré ses bizarreries vaguement inquiétantes. Et puis on glisse dans du lourd et du sombre, mais on ne peut s’empêcher de trouver Nathan toujours aussi attachant. Étrange… Serait-ce pour cette raison que cette histoire odieuse et douloureuse – et drôlement bien construite – nous laisse avec un sentiment diffus de malaise et d’inconfort ?

Présentation par l’éditeur:

Nathan Lucius est un jeune homme ordinaire. Il dort avec la lumière allumée. Il collectionne les vieilles photos anonymes. Il vend des encarts publicitaires dans un journal. Il s’entend plutôt bien avec sa chef. Parfois ils vont boire des bières. Il a une amie plus âgée, Madge, une antiquaire un peu fantasque. Il aime que chaque jour ressemble exactement à la veille. Il déteste les souvenirs. Un type banal. Parfois, il ne se souvient plus de rien. Il est un peu confus.

Un jour, Madge lui demande de l’aider à en finir. Elle a un cancer, elle n’en a plus pour longtemps, elle souffre trop. Mais peut-on demander ce genre de choses à Nathan ?

Écrit au cordeau, drôle, glaçant, fascinant, ce scénario implacable est un tour de force vertigineux dont on se gardera de livrer le secret : on ne plonge pas impunément dans l’esprit de Nathan Lucius.

Une citation:

– Souvent dans le journal du matin les nouvelles ne dépassent pas la page 12. Après ça c’est l’économie et le sport. Il arrive même que la page 12 soit déjà dans le supplément économie. Il y a sept milliards de personnes sur la planète. Ce qui m’inquiète, c’est que les journalistes ne trouvent pas assez d’histoires pour remplir plus de douze pages. C’est dire si on doit être une espèce ennuyeuse.
Il y a plus de pubs que d’articles de toute façon. On dirait que les journalistes ne sont là que pour boucher les trous entre les trucs commerciaux. Ca suffit peut-être à les décourager d’écrire au-delà de la page 12 de savoir qu’ils écrivent seulement autour de pubs pour des voitures ou de la margarine. Ce doit être démotivant. 

 

Evaluation :

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