lundi , 11 décembre 2017
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La condition pavillonnaire

Auteur: Sophie Divry

Editeur: J’ai lu – 2015 (320 pages)

Lu en janvier 2016

la condition pavillonaireMon avis: Ce roman m’a furieusement fait penser à Arlington Park, de Rachel Cusk, et j’ai donc une folle envie de commencer cette chronique en recopiant ici la conclusion de mon avis sur le bouquin précité : « il ne sert à rien de rester assis à se lamenter sur son sort : soit on se contente de ce qu’on a et on arrête de se plaindre, soit on se révolte et on cherche le bonheur là où il se cache ». Evidemment, ici, M.A., notre « héroïne » qui bovaryse à tire-larigot sur son ennui sans fin et sans fond, n’est pas heureuse de ce qu’elle a, et, à part un bref amant et un encore plus bref bénévolat, n’est pas fichue de se bouger les fesses pour sortir de sa déprime. Au moins, le personnage de Flaubert a eu le courage de se suicider, tandis que M.A. n’a même pas l’idée de « suicider » son couple en demandant le divorce. A la décharge de cette pauvre fille, il y a des années d’inertie et d’engluement dans une vie étriquée. Curieux comme à l’adolescence on est pressé de quitter le cocon familial pour prendre sa liberté à l’Université, avant de reproduire exactement le même schéma qu’on s’était pourtant promis d’éviter à tout prix, et de s’enfermer dans le cocon conjugal avec boulot tranquille à défaut d’être exaltant, maison, enfants, courses du samedi et vacances de juillet. Evidemment, c’est douillet, un cocon, c’est confortable et c’est connu. Oui mais ça enferme et ça frustre. Et quand on s’en rend compte, la vie – l’idée qu’on se fait de la « vraie vie » – est passée pour ne plus revenir. Alors M.A. se lamente sur son sort et contemple les photos sur son frigo.
M.A. est la caricature de l’insatisfaite chronique, donc malheureuse. Alors bon, moi c’est le genre de personnage qui m’énerve prodigieusement, là où d’autres âmes plus indulgentes éprouvent compassion et sympathie. Tant pis pour moi. Mais comme si ça ne suffisait pas, le style d’écriture n’a pas non plus trouvé grâce à mes yeux. Outre les descriptions pathétiques et interminables, le procédé d’un narrateur qui tutoie M.A., efficace et accrocheur au début, finit, à force, par être ressenti comme agressif, culpabilisant, voire méprisant, dans la mesure où il semble faire de la situation de M.A. une généralité valable pour tout propriétaire de pavillon en France. Je reste sidérée par le commentaire de l’auteur « Ce livre s’adresse aux jeunes qui commencent leur vie, et aux parents qui veulent que tous leurs enfants soient des bourgeois. Il tend un miroir et il leur pose la question : est-ce cela une vie réussie ? Cet enfermement en soi-même et en son petit confort ? Mais il s’adresse à un grand public, puisqu’il s’adresse à tous ceux d’entre nous qui ont trouvé un jour leur existence absurde, et le paysage mental de la France dépourvu de charme ». Pour moi, il sous-entend que les propriétaires de pavillons sont des loosers repliés sur eux-mêmes et dans leur « petit confort », et sont forcément malheureux. C’est d’un goût douteux, et réducteur. Evidemment la vie de M.A. ne fait rêver personne. Mais on dirait que l’auteur ignore qu’il peut exister quelque part des Français (et des Belges) moyens qui sont assez sages pour se contenter de leur vie moyenne dans leur maison moyenne, et pour y trouver, si pas l’illusoire Grand Bonheur Perpétuel, des moments, petits et grands, qui les rendent heureux de temps en temps. Carpe diem.

Présentation par l’éditeur:

Un mari aimant, des enfants adorables, une maison confortable, M.-A. mène une vie parfaite, ou tout du moins une vie parfaitement ennuyeuse. A l’instar du poisson rouge dans son bocal, M.-A. a l’impression de tourner en rond. Elle multiplie les exutoires : adultère, humanitaire, yoga… sans qu’aucune de ces activités ne la satisfasse vraiment. Mais pouvons-nous jamais trouver ce qui nous comble ? Avec cette Emma Bovary moderne, Sophie Divry offre un roman profond, sensible et ironique sur la condition féminine, la condition humaine.

Evaluation :

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5 commentaires

  1. Moi non plus, je n’aime ni les râleurs ni les insatisfaits professionnels… Ils sont épuisants !

  2. Bon, je vais m’abstenir !

  3. J’ai lu cette histoire et je ne m’en souviens plus… J’avais peut être râler moi aussi