Auteur: Jean-Pierre Montal

Editeur: Séguier – 20 août 2026 (192 pages)
Lu en septembre 2026
Mon avis: A 56 ans, fraîchement divorcée, Cécile prend une année sabbatique et quitte son appartement parisien pour aller s’installer dans une maison perdue dans la campagne. Dans sa voiture, elle embarque la seule chose qui compte encore dans sa vie : sa bibliothèque.
Une fois en route (une fois en fuite de son passé), elle décide de musarder et de s’égarer sur les petites départementales. Et à chaque boîte à livres qu’elle repère en chemin, de s’y délester de quelques bouquins comme d’autant de bouts de son ancienne vie, histoire de solder ses comptes avec le passé. L’occasion aussi de se rappeler pourquoi tel livre ou auteur a eu de l’importance pour elle à tel moment.
L’occasion, encore, au fil des bourgades, de croiser d’autres âmes, errantes, en peine ou au contraire bien ancrées dans leur ici et maintenant.
Si Cécile est la narratrice de la première partie du roman, on change ensuite de focale dans les suivantes, et cela m’a perturbée, tant je me sentais bien, à lire le parcours de cette femme en chemin vers son avenir. Dans le reste du livre, on continue bien sûr à la suivre, mais à la troisième personne, comme si on s’éloignait d’elle à mesure que l’histoire d’un autre personnage occupe davantage de place, comme un glissement par lequel je n’avais ni prévu ni envie de me laisser entraîner.
Toujours est-il que ce roman est un joli hommage aux livres, à la littérature, aux lectrices et aux lecteurs, et que je suis ravie d’avoir découvert la plume légère, drôle et sensible de Jean-Pierre Montal.
En partenariat avec les Editions Séguier via Netgalley.
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Présentation par l’éditeur:
« Aucune histoire ne devrait débuter de cette façon », se dit Cécile Blain, cinquante-six ans, en jetant un ultime regard sur son appartement vide. Après un divorce, elle s’apprête à déménager le dernier vestige de sa vie passée : sa bibliothèque.
Pourtant, sur le trajet, elle change subitement de plan et décide de disperser peu à peu le contenu de ses cartons dans toutes les boîtes à livres qu’elle croisera en chemin. Une façon d’essayer de tourner la page mais aussi de se remémorer la place primordiale que la littérature a occupée dans sa vie et dans son couple… C’est le début d’un road-trip sur les petites routes de France qui sera propice à des rencontres inattendues, drôles ou, parfois, troublantes.
D’une plume à la fois précise et attentive, Jean-Pierre Montal décrit les jeux de miroir – et de hasard – qui nous unissent secrètement aux livres que nous aimons. Et si c’était entre les lignes de ces correspondances fugitives que se cachait, finalement, la clé de nos désirs et de nos hésitations ?
Quelques citations:
- Mais, avant tout, je me considérais comme une lectrice et prenais cette mission très au sérieux. S’il existait de grands romanciers, alors il fallait, face à eux, de grands lecteurs. Ce rôle ne s’improvisait pas, il nécessitait concentration, passion et même une forme de dévouement, je n’exagère pas. Au fil des années, j’ai eu l’impression de m’améliorer dans cette discipline si particulière. Certains ouvrages vous apprennent à mieux lire. Ma découverte tardive de Proust, par exemple, cette plongée sous-marine dans les méandres les plus microscopiques des sentiments, cet humour constant entrelacé, à chaque ligne, avec la mort au travail, a décuplé mes capacités de lectrice. J’ai toujours pensé que c’était grâce à Marcel que je m’étais plus tard enflammée pour les phrases minutieuses de Rachel Cusk. Seul un lecteur sérieux peut établir ce type de lien et sait pourquoi il les établit. Quand Philip Roth a annoncé qu’il mettait fin à sa carrière « parce qu’il n’y avait plus de lecteurs », Eric m’a tendu le magazine en me disant: « Roth t’appelle à la rescousse ».
- Epargnés par le coup de semonce de la ménopause, les hommes voient la vieillesse comme une injustice et non une fatalité, ce qui explique leurs dernières années passées à chouiner, repliés sur eux-mêmes et démoralisés par le moindre rhumatisme. « Pourquoi m’a-t-on fait ça? Je ne le méritais pas! » Seule la faiblesse croissante de leur érection valait autrefois pour avertissement. Plus aujourd’hui. J’imaginais sans mal Eric calculer au plus juste le meilleur moment pour la prise de Viagra, puis s’émerveiller devant sa bite soudain régénérée, indiquant la direction de tous les possibles. Il aurait 80 ans pour le 20ème anniversaire de sa deuxième fille, peut-être même serait-il mort et il ne voyait pas là « une décision importante »! J’entendais déjà le refrain à venir, la rengaine de tous les quinquagénaires renvoyés vers les biberons et les couches: « A mon âge, je me sens enfin capable d’être un bon père. » Mais qu’est-ce qui t’en empêchait avant? Quel était donc cet obstacle insurmontable?
- – Pourquoi vous avez lu ces bouquins? A quoi ça sert? Sauf pour être prof, sinon ça sert à rien. En vrai, vous détestez votre vie ou bien?
- Si tu veux un lectorat d’hommes, lance-toi dans les essais politiques ou dans la science-fiction, la fantasy. Ou alors tu as le récit de voyage, la vie à la dure, sous la tente, au pôle Nord. « 21 décembre. Un ours passe sur la banquise alors que je lis Marc Aurèle en faisant réchauffer une sou de caribou ».
- On n’apprend pas toujours des erreurs ou des épreuves, comme le serine le refrain résilient. Certains événements, au contraire, figent la vie intérieure comme ces maladies qui bloquent la croissance d’un enfant.