mercredi , 9 septembre 2026

Eisen

Auteure: Gouzel Iakhina

Editeur: Noir sur Blanc – 27 août 2026 (520 pages)

Lu en août 2026

Mon avis: Voici Gouzel Iakhina en mode biographie, en l’occurrence celle de Sergueï Eisenstein (1898-1948), cinéaste et théoricien du cinéma de l’époque soviétique, auquel on doit des films tels que « Le cuirassé Potemkine », « Ivan le Terrible », « Octobre ». Personnage fantasque et égocentrique autant que réalisateur génial et visionnaire, ses films, sans doute trop modernes pour l’époque, divisent et font souvent l’objet de critiques virulentes. Néanmoins, Eisen est apprécié de Staline, qui lui commande des films visant à consolider l’histoire grandiose de la jeune URSS. Eisen tantôt parvient à entrer dans ce carcan, tantôt ne peut s’empêcher de digresser, se mettant ainsi en danger.

J’étais curieuse de découvrir ce personnage, mais je n’avais pas vu que le livre fait plus de 500 pages. C’est un peu long et rébarbatif quand on n’est pas particulièrement cinéphile ou spécialiste du montage et de l’histoire du cinéma. Il n’en reste pas moins un superbe portrait psychologique d’un homme névrosé, narcissique, cherchant son identité parmi les différents masques qu’il aura dû porter, aux prises avec une mère castratrice : « Le nom d’Eisen était sur toutes les bouches de la Moscou cinématographique. Les lèvres se plissaient avec hauteur, les yeux prenaient une expression particulière. On disait que c’était un monstre avec les nerfs à vif. Un manuel ambulant pour l’étude des névroses. Un Narcisse comme on en fait peu. Un hystérique qui dépassait de loin toutes les divas d’opérette. Un tyran pendant les répétitions. Hors des répétitions, d’une grossièreté odieuse. Un carriériste, un arriviste, qui se glissait dans n’importe quelle ouverture, qui dévorait ses concurrents par douzaines sans même un hoquet. Enfin, un plagiaire, dont chaque nouveau film provoquait un scandale et une tempête dans les journaux. En un mot, un beau salaud ».

Reste aussi l’écriture de Iakhina, lyrique ou ironique, qui rend parfaitement compte de la créativité débridée d’Eisen.

En partenariat avec les Editions Noir sur Blanc via Netgalley.

#Eisen #NetGalleyFrance

Présentation par l’éditeur:

Ses proches le surnommaient Eisen. Sergueï Eisenstein, dont Gouzel Iakhina retrace la vie hors du commun, est sans conteste le plus grand réalisateur de l’époque soviétique. On lui doit des films inoubliables, devenus des classiques par leur puissance formelle, tels Le Cuirassé PotemkineOctobre et Ivan le Terrible. Des chefs-d’œuvre qu’il a conçus et réalisés alors que Joseph Staline était au pouvoir…
Iakhina nous raconte l’histoire d’Eisen à travers la fabrication de chacun de ses films, sur fond de révolution, puis de guerre ; les tournages mobilisant des milliers de figurants, le voyage au Mexique, les réunions avec les fonctionnaires de la culture et l’effroi devant les répressions staliniennes. Génie visionnaire, cachant son homosexualité dans un pays où elle était interdite, Eisenstein avait des relations tumultueuses avec ses contemporains – mais l’époque elle-même n’était que tumulte.

Eisen est un grand roman sur la vie d’un créateur et sur ce qu’il advient de l’art dans un État totalitaire. Eisenstein a obéi au mot d’ordre de la jeune URSS : il a donné aux masses une nouvelle Histoire. Selon Iakhina, le prix payé par le réalisateur pour avoir percé le secret de l’art et connu la gloire est le même que celui du docteur Faust.

Une citation:

S’il n’avait personne à charmer, il s’éteignait comme une chandelle consumée. Les nuits solitaires à l’hôtel étaient insupportables, sans public devant qui raisonner, souffrir, essayer des masques et, plus généralement, vivre. Se pouvait-il qu’il ne puisse vivre que lorsqu’on le regardait, et que si on cessait de le regarder, il cessait de vivre? L’énergie que suscitait en lui l’attention des autres disparaissait sans laisser de traces dès qu’il se retrouvait seul, son corps mou étendu sur le lit, incapable de se déshabiller.

Evaluation :

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