mardi , 23 janvier 2018
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La servante et le catcheur

Auteur: Horacio Castellanos Moya

Editeur: Métailié (Suites) – 2015 (240 pages)

Lu en novembre 2017

Mon avis: Ami lecteur, dis-toi que tu as de la chance. Celle de ne pas avoir vécu dans l’un de ces enfers sur Terre qu’était le Salvador à la fin des années 70. A l’époque, ce petit pays d’Amérique centrale est déchiré par la guerre civile entre une junte militaire sanguinaire et une guérilla marxiste qui ne fait pas non plus dans la dentelle. Au milieu de ce cercle de feu et de sang, entre les chats militaires et les souris révolutionnaires, se joue une lutte plus personnelle. A ma droite, le Viking, ancienne gloire du catch reconverti en flic tortionnaire de subversifs dans les sinistres geôles du Palais Noir, le siège de la police. A ma gauche (même si elle ne veut surtout pas se mêler de politique), María Elena, employée de maison, qui s’inquiète de la disparition du jeune couple qui venait de l’embaucher, et se met en tête de les retrouver. On pense le combat inégal, entre la toute-puissance de la police et une petite domestique qui, en posant trop de questions à propos des disparus, qui pourraient bien être des subversifs, se met elle-même en danger. Mais le match est moins déséquilibré qu’il n’y paraît : pendant leurs jeunes années, le Viking en pinçait pour María Elena. Peut-être subsiste-t-il quelque chose de cette attirance à sens unique ? María Elena décide de reprendre contact avec le policier, espérant lui soutirer des informations. Le Viking d’aujourd’hui a cependant perdu beaucoup de sa superbe, et celui qu’elle retrouve est un homme malade, presque à l’agonie, refusant de se soigner, mais toujours flic et chasseur dans l’âme. Elle ignore toutefois sa véritable fonction dans la police et met, sans le savoir, les doigts dans un engrenage infernal, dans lequel sa fille et son petit-fils seront pris aussi.
Ami lecteur, alors que le solstice d’hiver approche au milieu de ces jours sombres, voici donc un portrait ténébreux du San Salvador d’il y a 40 ans, de sa guerre civile sanglante, sa violence sans sommation, sa terreur indicible et sa paranoïa sans limites. « Au bout du mal, quand tous les dieux nous quittent et nous abandonnent* », une histoire sobre, cruelle et désespérante, en rouge et noir, mais qui n’a rien de romantique.

* « Juste quelques hommes », Jean-Jacques Goldman

Présentation par l’éditeur:

San Salvador, fin des années 70. La guerre civile fait rage. Le Viking, ancien catcheur devenu flic, malade, mourant, torture dans les sous-sols du Palais Noir. María Elena, employée de maison dans la famille des Aragón, tente de retrouver un jeune couple qui vient de disparaître. Dans la ville à feu et à sang, elle est confrontée au cercle infernal de la violence : détentions brutales, émeutes, guérilla urbaine.

Avec une vertigineuse précision, Horacio Castellanos Moya décrit les mécanismes d’une horreur qui gangrène tout et tout le monde. Portrait d’une société dévastée par la haine et la peur, son livre pousse très loin l’exploration du mal et suit le fil d’une tragédie où le pire est toujours sûr. Envoûtante et remarquablement sobre, l’écriture résonne aussi comme un dernier témoignage d’humanité au cœur du chaos. 

Evaluation :

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2 commentaires

  1. Difficile lecture, il me semble, mais certainement très prenante et pour moi une vraie page d’Histoire.

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