jeudi , 3 décembre 2020

Les yeux rouges

Auteur: Myriam Leroy

Éditeur: Points – 20 août 2020 (168 pages)

Lu en octobre 2020

Mon avis: La narratrice est une jeune et jolie journaliste sur une chaîne publique, une chroniqueuse qui ne mâche pas ses mots dans ses prises de position à la radio.
Denis est un de ses admirateurs, il la suit fidèlement sur les réseaux sociaux et ne manque pas de le lui faire savoir. Il entame avec elle un quasi-monologue à coups de messages où il lui raconte sa vie de bon père de famille travailleur et responsable, qui lâche quand même sa part d’ombre sur son blog tendance machiste raciste très à droite (Poutine est son autre idole). Des messages auxquels la narratrice répond de loin en loin, parce qu’elle est polie et bien élevée. Denis continue, pousse plus loin le bouchon de la drague (“mais en tout bien tout honneur”), accompagnant sa logorrhée de blagounettes pas drôles et de smileys puérils, et d’une dose d’auto-dérision histoire de montrer qu’il ne se prend tout de même pas pour le nombril du monde. Bref, le parfait boulet crétin. Mais loin d’être inoffensif.
Quelque temps après avoir accepté sa demande d’amitié virtuelle, la narratrice, soûlée par l’insistance lourdingue du pignouf, l’éjecte de sa liste d’amis puis le bloque carrément. Offense suprême pour lui et emballement de la spirale infernale pour elle, désormais victime du harcèlement odieux d’un Denis déchaîné (à croire que son seul but depuis le début était de se faire rejeter par la narratrice pour avoir enfin un prétexte pour vomir à la face du monde toute sa frustration de loser minable. Mais c’est une autre histoire).
La descente aux enfers est vertigineuse et interminable, la narratrice perd tout, son travail, ses amis, son compagnon, sa santé, son envie de vivre.
Cette histoire est réellement arrivée à Myriam Leroy il y a quelques années. Difficile donc de “critiquer” ce contenu, autobiographique, sinon pour en dire que ce texte est glaçant et donne envie de fuir sans plus attendre les réseaux sociaux. Evidemment tout le monde n’est pas célèbre et n’est donc pas exposé aux harceleurs de la même façon. Mais quand même, la méchanceté et la bêtise sont partout…
Quant à la forme, je l’ai trouvée originale, faite uniquement de discours rapportés, ceux de Denis, des amis, des médecins, des autorités,… Cela met la narratrice à distance de sa propre histoire mais n’empêche pas le lecteur de ressentir en plein l’enfer qu’elle a dû vivre. Elle décrit très bien le mécanisme, l’engrenage insidieux du harcèlement en ligne et de la manipulation, qui commence avec un message faussement innocent mais insignifiant, et aboutit à une perversité inouïe. Un texte cinglant, oppressant et inconfortable, qui interroge : qu’aurais-je fait à la place de son entourage ? Et surtout, à sa place à elle, aurais-je laissé les choses déraper aussi loin ?

En partenariat avec les Editions Points via une opération Masse Critique de Babelio.

Présentation par l’éditeur:

“Il s’appelait Denis. Il était enchanté.

Nous ne nous connaissions pas. Enfin, de toute évidence, je ne le connaissais pas, mais lui savait fort bien qui j’étais.”

Une jeune femme reçoit un message sur Facebook. C’est l’amorce d’un piège suffocant à l’heure du numérique, quand la fatalité n’a d’autre nom qu’un insidieux et inexorable harcèlement.

Dans ce roman âpre, où la narratrice ne se dessine qu’au travers d’agressions accumulées, de messages insistants, où l’atmosphère étouffante s’accentue à mesure que la dépossession se transforme en accusation, Myriam Leroy traduit avec justesse et brio l’ère paradoxale du tout écrit, de la violence sourde des commentaires et des partages, de l’humiliation et de l’isolement, du sexisme et du racisme dressés en meute sur le réseau.

Evaluation :

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