dimanche , 22 octobre 2017

Otages

Auteur: Sherko Fatah

Editeur: Métailié – Rentrée littéraire 2017 (272 pages)

Prix Adelbert Von Chamisso 2015

Lu en août 2017

Mon avis: Ne vous attendez pas au récit trépidant d’une prise d’otages d’un Occidental et de son interprète, enlevés en plein bourbier irakien, avec ballet diplomatico-médiatique, chantages, ultimatums et exécution sanglante ou sauvetage héroïque par les Navy Seals.

Non, vous n’y êtes pas. Par contre vous plongerez au milieu d’un voyage chaotique et incertain à l’intérieur du pays, de caches en planques au gré des marchandages entre groupes djihadistes et coureurs de rançons, autant qu’au coeur d’un voyage intérieur, tout aussi erratique, dans la tête et le passé des otages.

Il y a Albert, archéologue allemand, vaguement journaliste, venu dans ces contrées avec de bonnes intentions, plus ou moins vagues aussi, et sans doute avec une certaine dose de condescendance occidentale. Et Osama, son interprète, passé du statut de trafiquant d’antiquités à celui d’employé de musée. Les deux sont hantés par leur passé, Albert coincé dans une relation trouble avec sa soeur, et Osama dans une histoire d’amitié trahie. Ils sont maintenant tous deux pris au piège du désert, enlevés par on ne sait trop qui, trimballés on ne sait trop où, la tête sous une cagoule puante, parfois ensemble, parfois séparément.

Quand ils sont ensemble, ils se parlent pour tenir le coup, mais ne se comprennent pas. Albert raconte ses petites et grandes misères et pontifie sur le sens de la vie, sans réellement écouter Osama, qui lui parle de son passé, réel et concret. Albert l’égocentrique, animé d’un sentiment de culpabilité, venu en « bienfaiteur » candide et romantique sauver un peuple dont il ne connaît rien, sur un terrain dont il ignore tout, et qui au final cause son malheur et celui d’Osama. Lequel se sent malgré tout obligé de veiller sur cet arrogant naïf dont il ne comprend pas l’intérêt pour un pays tel que le sien.

Commerce d’otages, pillage d’antiquités, terrorisme islamiste ou simple appât du gain, tout se mélange dans la chaleur du désert qui suffoque les sens et les esprits. Trouble et haletant, ce roman pose la question, amère et lucide, et tellement actuelle, de la possibilité d’un dialogue entre deux mondes séparés par un abîme d’incompréhension et d’intolérance.

En partenariat avec les éditions Métailié.

Présentation par l’éditeur :

Deux otages dans le désert irakien. Ballottés d’un lieu à un autre, d’un groupe crapuleux à une bande de fanatiques, transportés dans des camionnettes brûlantes, le visage couvert d’une cagoule, jetés dans des réduits, des caves, cachés ou exhibés, menacés, molestés, ils ne savent pas où ils sont ni avec qui. La poussière est asphyxiante, la peur aussi, l’attente les consume lentement.

Dans ce huis clos étouffant, deux hommes se jaugent, s’affrontent : Osama, l’interprète, ex-pilleur de tombes, aux prises avec un épisode peu glorieux de son passé, et Albert, l’archéologue allemand venu “faire le bien” mais incapable d’échapper à ce qu’il est.

Sherko Fatah explore avec son talent d’écrivain confirmé ces déserts troubles, si lointains qu’ils nous semblent irréels, où l’enlèvement est un marché florissant. Il s’interroge sur la possibilité d’un dialogue entre deux hommes qui partagent le même destin, mais n’ont pas le même monde, et sonde les gouffres qui, malgré tout, subsistent entre eux.

Un thriller littéraire au plus brûlant de l’actualité.

Evaluation :

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2 commentaires

  1. En somme, deux mondes qui s’affrontent tout en essayant de partager quelque chose, même si ce quelque chose est une souffrance. Je suis très tentée par cette lecture. Merci.

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