dimanche , 22 octobre 2017
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Retourner dans l’obscure vallée

Auteur: Santiago Gamboa

Editeur: Métailié – Rentrée littéraire 2017 (448 pages)

Lu en août 2017

Mon avis: Madrid-Bogota. Il est temps pour Juana et le Consul (déjà apparus dans un précédent roman de S. Gamboa), et pour Manuela, de retourner en Colombie. Les deux premiers, qui viennent de se retrouver après s’être perdus de vue pendant des années, croisent la route de Manuela, jeune poétesse venue étudier la philologie dans une université de Madrid. Si Manuela écrit des poèmes, c’est parce que c’est une question de survie. La poésie et la littérature l’ont sauvée d’une enfance violentée et d’une adolescence intoxiquée à toutes les substances illicites ayant cours à cette époque en Colombie. Un témoignage recueilli par le Consul auprès d’un prêtre colombien, ex-paramilitaire aujourd’hui emprisonné en Espagne, permet à Manuela de retrouver la trace de son bourreau. Avec l’aide du Consul, de Juana et de Tertuliano, prédicateur argentin illuminé et violent, qui se prétend le fils du pape François, elle va poursuivre sa vengeance jusqu’à Cali et Bogota.
De flash-backs en confessions, ce roman choral retrace le parcours chaotique de Manuela, qui cherche à se libérer de son passé. L’ombre d’un cinquième personnage plane sur cette quête, celle de Rimbaud, le génial poète, l’homme aux semelles de vent qui n’a jamais cessé de marcher et de voyager, à la recherche du succès, de la fortune, peut-être d’un foyer et de lui-même.

Quelques jours après les attentats de Barcelone et de Cambrils, il est troublant de constater à quel point ce roman s’ancre dans l’actualité. Sur fond de prise d’otages à l’ambassade d’Irlande à Madrid par un commando djihadiste, le thème du retour et de la quête d’une vie meilleure y est central. Si ces dernières décennies ont vu de nombreux Colombiens et d’autres Sud-Américains émigrer en Europe pour fuir la violence et la pauvreté, ils sont également nombreux aujourd’hui à constater que cette Europe part en vrille et que sa forteresse prend l’eau à coup de bombes et de crises économiques. Beaucoup décident donc de retourner vers le « nouveau » monde, dans une Colombie pacifiée, purgée de ses cartels et de ses révolutionnaires, dans laquelle le pardon fait désormais office de valeur-refuge.
Roman sombre et poétique, où violence et amour se frôlent, « Retourner dans l’obscure vallée » nous parle de recherche d’apaisement, de liberté et de beauté. Et nous dit que le seul endroit où les trouver est peut-être la littérature.

En partenariat avec les éditions Métailié.

Présentation par l’éditeur :

Ils étaient venus en Europe pour échapper au chaos et pouvoir vivre et penser, mais le monde a tourné, les crises et le terrorisme ont changé les gens et les perspectives. Il y a Manuela qui fuit son enfance saccagée dans la poésie et les livres, Tertuliano, le fils du Pape, philosophe messianique, populiste et violent, créateur d’une théologie de l’harmonie des Maîtres Anciens, le prêtre Palacios à l’obscur passé paramilitaire qui aspire au pardon, le consul et Juana l’aventureuse qui se poursuivent, se désirent, liés par des sentiments indéfinis. Parmi eux, l’ombre de Rimbaud, poète précoce et génial qui marche et se cherche dans des voyages sans répit.
Ils se rencontrent, se racontent, décident d’une vengeance et d’un retour vers la Colombie où la paix s’est installée. Vagabonds insatiables, blessés, épuisés, tous cherchent à retourner quelque part, les mondes qu’ils ont quittés ont disparu, tous savent que revenir est impossible, sauf peut-être dans la littérature. Et pourquoi pas à Harar.
Roman polyphonique vital et plein d’énergie, ce retour à l’intrigue haletante et magistralement construite nous fait voyager dans les êtres, les sociétés et au plus profond de nous-mêmes.

Evaluation :

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