samedi , 29 février 2020

Qu’avons-nous fait de nos rêves?

Auteur: Jennifer Egan

Editeur: Points 2013 (406 pages)

Prix Pulitzer 2011 (fiction)

Lu en 2014

qu'avons nous fait de nos rêvesMon avis: Je suis ressortie de ce roman avec une impression de puzzle, les chapitres en constituant les pièces. Mais, ne disposant pas de l’image sur le couvercle de la boîte pour me servir de modèle, j’ai eu du mal à les assembler en quelque chose de cohérent. Sans compter que ce « quelque chose » me paraît inachevé. En fait, plutôt qu’un puzzle, ce serait une de ces mosaïques antiques dont on n’aurait retrouvé que des fragments, en appelant à notre imagination pour reconstituer le tout.
Bien sûr on repère facilement le thème, le fil conducteur : un groupe d’amis fans de punk-rock dans le San Francisco des années 70. Pendant les 50 années suivantes, certains se marieront, d’autres se perdront de vue, ou divorceront, ou se croiseront à nouveau, ou se suicideront. Tous vivront des galères, certains rebondiront (ou pas), d’autres mourront d’un cancer, se remarieront et/ou auront d’autres enfants.
Tous sont nostalgiques de leur jeunesse insouciante, planant entre musique, alcool et drogue, et se demandent où sont passés leurs idéaux d’alors.
Tous se souviennent. Ce sont ces souvenirs qui sont égrenés au fil des chapitres, remontant à la surface sans linéarité, déclenchés par un rien, un son, une association d’idée, une sensation de déjà-vu.
Roman choral (quoi d’autre pour un livre truffé de références musicales – qui malheureusement ne m’ont guère parlé), avec autant de styles de narration que de chapitres, ce livre distille mélancolie et regrets à haute dose, néanmoins éclaboussés de quelques gouttes lumineuses.
L’absence de chronologie, le mélange des styles et des époques, les nombreux personnages m’ont rendu l’ensemble un peu difficile à suivre. J’ai même été tentée de le relire avant de le chroniquer pour rétablir les liens entre les épisodes.
Oeuvre géniale pour certains, prétentieuse et laborieuse pour d’autres, ni l’un ni l’autre pour moi. C’est bien écrit, créatif mais complexe, un peu trop dense peut-être. Prometteur, en fait. Je garde une impression douce-amère de ce récit baigné de nostalgie, qui me renvoie son titre en pleine figure, et qui me laisse drôlement pensive…
Merci aux éditions Points pour cette découverte intéressante.

Présentation par l’éditeur: 

Dans la luxueuse berline qui l’emmène à sa maison de disque, Bennie avale les paillettes d’or censées réveiller sa libido en berne. Qu’est devenu le jeune punk qui ne vivait que pour la musique et la scène ? Bientôt, son groupe sera de nouveau réuni. A ce tournant de leurs vies, si éloignées de leurs rêves de jeunesse, Bennie, Lou, Bosco et Marty s’interrogent…

Quelques citations: 

– “Dans sa voiture, en route pour récupérer son fils, Bennie passait des Sleepers aux Dead Kennedys, groupes de San Francisco qui avaient rythmé sa jeunesse. Il les écoutait pour leur imperfection: de véritables musiciens jouant sur de véritables instruments dans un véritable studio. A présent, cette caractéristique (pour peu qu’elle existât encore) était un effet de conversion numérique, non le fruit d’un enregistrement sur une bonne vieille bande. (…) Trop limpide, trop aseptisé. La précision, la perfection, voilà le problème; la numérisation, voilà le problème, elle vidait de substance tout ce qui se prenait dans les rets microscopiques de son système. C’était la mort du cinéma, de la photographie, de la musique. Un holocauste esthétique!”

– [Dans les années 2020]: “Rebecca était une pointure dans le monde universitaire. Son dernier livre traitait du phénomène des mots-enveloppes, un terme de son invention désignant ceux qui ne signifiaient plus rien sans guillemets. L’anglais en était truffé: “ami” et “réel”, “histoire” et “changement”, autant de mots vides de sens désormais, réduits à des cosses. Certains tels “identité”, “recherche” ou “nuage” étaient exsangues en raison de leur usage sur la Toile. Pour d’autres, les raisons étaient plus complexes – pourquoi “américain” était-il devenu ironique? Comment se faisait-il que “démocratie” s’employait d’une façon narquoise, moqueuse?”

Evaluation :

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