jeudi , 28 octobre 2021

Haine

Auteur: José Manuel Fajardo

Editeur: Métailié – 7 octobre 2021 (112 pages)

Lu en septembre 2021

Mon avis: D’un côté, nous avons Jack Wildwood, obscur fabriquant de cannes, vivant au 19ème siècle dans un quartier malfamé de Londres.
De l’autre, il y a Harcha, jeune homme du 21ème siècle, habitant la banlieue parisienne.
Qu’est-ce qui relie ces deux personnages ? Accessoirement, un objet qui aura traversé plus d’un siècle et la Manche, mais, au principal, la haine de plus en plus forte qu’ils portent à l’espèce humaine, trop frivole, décadente et superficielle à leurs yeux.
Tous deux sont aigris, frustrés depuis longtemps, et là, leur colère est sur le point d’exploser.
Mr Wildwood est un solitaire qui fréquente les prostituées de Soho, et du beau monde dans un pub respectable à l’autre bout de la ville. Mais il est bien conscient de la différence de classe sociale avec les autres clients, que certains d’entre eux ne se gênent d’ailleurs pas pour lui faire sentir. Méprisé, il se venge en son for intérieur en les jugeant méprisables, mais cela ne le soulage évidemment pas bien longtemps. Son invisibilité, son inexistence sociale vont pousser sa colère très loin.
Harcha, quant à lui, ne veut pas de l’avenir que lui trace son père, commerçant aisé et respecté dans leur cité pourrie. Il rejette aussi la modération de Kamal, son seul ami, qui le bassine avec son islam prônant la tolérance et la paix. Harcha veut quelque chose de mieux que sa banlieue, que Paris, même. Il rêve de quelque chose de fort, de grand, de pur, sans savoir exactement ce que cela pourrait être. Jusqu’à ce qu’il croise la route d’un « frère », qui lui promet le bonheur dans le renoncement et le sacrifice, loin des vices de cette cité pervertie.

Les deux histoires s’entrecroisent et suivent le même cheminement. Ce qui n’était au départ que mal-être et frustration plus ou moins contenus se transforme au fur et à mesure des déceptions cuisantes en une rage qui s’extériorisera dans une violence extrême et sans pardon.

« Haine » est un court roman qui propose un double récit en miroir, sur le thème de la détestation de l’autre et peut-être (surtout?) de la détestation de soi-même, qui pousse vers l’abîme mortifère de la destruction. Peut-être pour donner un peu de légèreté à l’ensemble, l’auteur joue avec les références littéraires, parsemant le texte d’ « emprunts » à Oscar Wilde, Stevenson, Conrad ou Cervantès.

Un texte qui se lit tout seul, habile, interpellant, effarant : la haine est-elle donc partout, depuis toujours, pour toujours ?

Merci aux éditions Métailié pour cette belle découverte.
#Haine

Présentation par l’éditeur:

La haine que nous voyons se déchaîner sur les réseaux sociaux n’a rien de neuf, elle utilise juste de nouveaux canaux techniques. Ce court roman nous amène à distinguer ses invariants à travers la puissance de la littérature. Au XIXe siècle, dans les rues de Londres plongées dans le brouillard et la misère, se promène un fabricant de cannes aigri, ne trouvant aucune reconnaissance sociale, qui va s’enfoncer de plus en plus dans les bas-fonds de la ville.

Au début du XXIe siècle, dans la banlieue parisienne, nous assistons à la transformation d’un jeune homme frustré et incapable d’affronter les autres autrement que par la colère et la violence. La mise en miroir de ces personnages révèle l’image des démons de la haine de l’autre à travers deux époques, les tire de l’anonymat, et montre les traces de leurs chemins cachés et mortifères parmi nous. L’auteur se livre à un exorcisme littéraire de notre époque.

Un texte fort, pertinent et original.

Evaluation :

Voir aussi

Histoire d’un escargot qui découvrit l’importance de la lenteur

Auteur: Luis Sepúlveda Editeur: Métailié (Suites) – 2017 (96 pages) Lu en septembre 2021 Mon …

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d bloggers like this: