dimanche , 29 janvier 2023

Traité sur l’intolérance

Auteur: Richard Malka

Editeur: Grasset – 4 janvier 2023 (96 pages)

Lu en janvier 2023

Mon avis: Ce texte est la transcription de la plaidoirie de Me Richard Malka, prononcée en octobre 2022 au nom de Charlie Hebdo lors du procès en appel des attentats de janvier 2015, devant la Cour d’assises spéciale de Paris.
Me Malka y démonte l’idéologie adoptée par les accusés, qui prétendaient « venger le Prophète » des blasphèmes représentés par les fameuses caricatures publiées dans Charlie. Pour ce faire, l’avocat remonte aux origines de l’islam et à l’affrontement entre deux conceptions de celui-ci, celle des mutazilites (pour lesquels la Raison est centrale) et celle des hanbalites (selon lesquels le Coran est un texte « incréé », issu de Dieu lui-même et ne pouvant à ce titre faire l’objet d’interprétations et de critiques). La seconde a donné naissance aux courants salafistes et wahhabites, ceux dont se revendiquent les assassins de Charlie et de l’Hyper Cacher. Un courant rigide, intolérant, radical, destructeur. Un courant littéraliste qui choisit certains versets du Coran pour les appliquer à la lettre en dehors de toute mise en contexte et sans tenir compte de l’évolution sociale à l’œuvre depuis leur rédaction il y a plusieurs siècles. Un courant en réalité contradictoire et intenable, puisque choisir, c’est déjà interpréter, c’est nécessairement subjectif, mais un courant ô combien dévastateur, y compris pour les musulmans modérés, et malheureusement de plus en plus prégnant.
Cette plaidoirie est donc une plongée dans l’histoire de cette fracture au sein de l’islam, dont est issue l’idéologie qui a mené à tant d’attentats et de carnages. « Il y a un islam des lumières et un islam des ténèbres dont le principal ennemi est l’islam des lumières », et qui porte « une vision dogmatique, dont les principales victimes sont d’abord les musulmans, comme les Soviétiques étaient les premières victimes du stalinisme ».
C’est aussi (surtout) un appel au courage, au partage du savoir, à la nuance, à l’échange, à la défense de la liberté d’expression envers et contre tout, adressé aux intellectuels, aux journalistes, aux politiques, aux théologiens, « et à tous, que l’on en finisse avec l’obligation de respecter les religions ».
Après « Le droit d’emmerder Dieu », un nouveau texte limpide, brillant, juste, puissant, émouvant, nécessaire, salutaire et (on peut rêver) salvateur.

En partenariat avec Grasset via Netgalley.

#Traitésurlintolérance #NetGalleyFrance

Présentation par l’éditeur:

Après Le droit d’emmerder Dieu, éloge du droit au blasphème, Richard Malka revient sur l’origine profonde d’une guerre millénaire au sein de l’Islam : la controverse brûlante sur la nature du Coran.
Plus qu’une plaidoirie, ces pages mûries pendant des années questionnent ce qu’il est advenu de l’Islam entre le VIIème et le XIème siècle, déchiré entre raison et soumission.
Les radicaux ont gagné, effectuant un tri dans le Coran et les paroles du Prophète, oppressant leurs ennemis – au premier rang desquels les musulmans modérés, les musiciens, artistes, philosophes, libres penseurs, les femmes et minorités sexuelles.
Plonger avec passion dans cette cassure au sein d’une religion n’est pas être « islamophobe », c’est regarder l’histoire en face.
Traité sur l’intolérance est une méditation puissante, un appel aux islamologues du savoir et de la nuance – pour qu’enfin chacun sache, comprenne, échange, s’exprime.

Quelques citations:

– Aux yeux des littéralistes [selon lesquels le Coran est un texte incréé, càd issu de Dieu lui-même et à ce titre ne pouvant être ni interprété ni critiqué], tout musulman est coupable de ne pas l’être assez. Toute pensée est hérétique en elle-même, en tant que pensée. Cette idéologie est une machine à broyer les peuples et d’abord les musulmans eux-mêmes, et c’est la lecture qui progresse partout dans le monde. […] Les islamistes ne veulent pas comprendre.
Ils ne cherchent qu’à exprimer leur haine de la vie et leur passion du néant.

– Nous sommes à la Mecque au VIIè siècle. Mahomet subit des moqueries violentes et des insultes toute sa vie. Il faut se replacer dans le contexte: il prétend être un nouveau prophète. Il y a autour de lui une, deux puis dix personnes. A La Mecque, on se moque de lui et on le rejette. Le Coran lui-même en atteste: on l’a traité de charlatan, de sorcier, d’imposteur, de châtré parce qu’il n’avait pas de fils adulte à ses côtés et les sociétés tribales étaient, dans l’insulte, d’une assez grande imagination, le plus souvent à caractère sexuel.
Autrement dit, à l’échelle de cette société de l’oralité, les caricatures de Charlie Hebdo seraient des piqûres de moustique, d’anodines moqueries. Riss avec ses dessins serait un enfant de choeur. Dans la société d’origine du Prophète, il était impensable de réagir physiquement à une moquerie, sinon tout le monde serait mort.

– Plus on sacralise les croyances, moins on respecte les hommes et, pas à pas, on chemine vers l’obscurité.

Evaluation :

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