mardi , 9 juin 2026

Des hommes en noir

Auteur: Santiago Gamboa

Editeur: Métailié – 2019 (368 pages)

Lu en mai 2026

Mon avis: Un gamin perché dans un arbre assiste incognito à une embuscade à l’arme lourde, en rase campagne. La cible est un gros 4×4 noir aux vitres teintées, dont les passagers, deux femmes et un homme en noir, parviennent miraculeusement à être évacués à bord d’un hélicoptère, arrivé sur place par l’opération du Saint-Esprit, ou presque. Quelques gardes du corps sont tués lors de la fusillade, et abandonnés sur les lieux.

Le gamin va raconter son histoire à la police locale, qui n’en croit pas un mot, mais qui mène néanmoins un semblant d’enquête. De fait, ils ne trouvent aucune trace de l’attaque, et dans les environs personne n’a rien vu ni entendu. Affaire classée, donc. Mais le témoignage du gamin, par les hasards de la bureaucratie, arrive cependant aux oreilles d’un procureur de Bogotá, qui prend l’affaire au sérieux. Il décide de mener l’enquête, en collaboration avec Julieta, journaliste avec un fort penchant pour le gin. Celle-ci se rend sur place avec son assistante, une ex-guerillera des FARC.

De la Colombie au Brésil en passant par la Guyane française, leur enquête plonge au milieu d’un pullulement d’églises évangéliques, dont les « bons pasteurs » prêchent des idées plus illuminées les unes que les autres, tout en s’en mettant lucidement plein les poches grâce aux cotisations des fidèles et, le cas échéant, en exploitant plus ou moins légalement des mines d’or.

Alors que la Colombie se libère à peine des FARC et que les cartels de drogue se font plus discrets (tout est relatif), une nouvelle plaie, celle de la religion dévoyée, fait son apparition pour exploiter la misère et la crédulité des démunis et discriminés de tout poil. Comme si l’histoire récente de la Colombie n’était pas assez chaotique, les « hommes en noir », aussi riches et protégés que des chefs de gang, en rajoutent une couche et ralentissent encore le retour d’une société plus démocratique et moins inégalitaire.

L’enquête du procureur et de Julieta aurait gagné à être plus tendue et moins bavarde, et à proposer des personnages et des rebondissements plus crédibles, mais le roman est intéressant pour son contexte et son portrait de la Colombie contemporaine.

Présentation par l’éditeur:

Le gamin perché dans son arbre a tout vu. Les trois véhicules aux vitres teintées attaqués à l’arme lourde, la riposte, les hommes qui tombent sous les balles, l’arrivée d’un hélicoptère qui évacue les passagers, deux femmes et un homme en noir. Le lendemain, la route a été nettoyée. Plus de cadavre, aucune trace de balles. Le récit du gamin est pris au sérieux à Bogotá par Edilson Jutsiñamuy, le procureur d’origine indienne. Il demande de l’aide à une journaliste d’investigation, Julieta, qui part sur place avec son assistante Johana, une ex-guérillera des FARC. Leur enquête va dévoiler une inquiétante histoire entre la Colombie, le Brésil et la Guyane française, au coeur des puissantes Églises évangéliques qui ont envahi l’Amérique latine. La violence qui subsiste encore dans les bas-fonds de la société est prompte à jaillir et les enfants perdus, vestiges des histoires dramatiques que la fin de la guerre civile a révélées, n’ont pas fini de payer les pots cassés.

Sur cette toile de fond, l’auteur construit une intrigue musclée et spirituelle, avec une ironie et un humour dévastateurs, et deux héroïnes fortes, tendres et presque incorruptibles. Un formidable polar dans les montagnes couvertes de jungle d’un pays magnifique.

Evaluation :

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