dimanche , 18 novembre 2018
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La fille du Cannibale

Auteur: Rosa Montero

Editeur: Points – 2008 (448 pages)

Lu en octobre 2018

Mon avis: Lucía, 41 ans, attend son mari Ramón à la porte d’embarquement de l’aéroport de Madrid. Ils ont décidé de passer le Nouvel An à Vienne. Mais Ramón est parti aux toilettes et ne revient pas. Après recherches dans tout le terminal, il est toujours introuvable. Où est-il donc passé ? Disparition volontaire ou kidnapping ? Fugue, pense la police, qui ne se préoccupe guère de l’affaire. Lucía prend alors les choses en mains, avec l’aide de deux de ses voisins, Félix, 80 ans, et Adrián, environ quatre fois moins. L’enquête démarre réellement quand arrive une demande de rançon, réclamée par une organisation inconnue, “Fierté ouvrière”. S’ensuivent des péripéties plus rocambolesques les unes que les autres, où l’on voit Félix et Adrián s’imposer lentement mais sûrement dans le quotidien de Lucía, le premier avec la sagesse et l’expérience d’une vie passée, l’autre avec l’insouciance et l’ardeur d’une vie qui reste à vivre. Entre les deux, Lucía, un peu perdue dans sa crise de la quarantaine, se demande si, à son âge, elle a sa vie devant ou derrière elle.

Ce livre commence comme un roman policier, mais il est loin de se réduire à cette catégorie : par le biais des souvenirs de Félix, c’est un pan de l’histoire d’Espagne qui nous est livré : le mouvement anarchiste avec son leader Durruti, la guerre civile, le monde des toreros. Et la tension amoureuse qui se crée entre Lucía et Adrián donne lieu à des réflexions existentielles sur la vie, l’âge, le désir, les sentiments. Si l’enquête qui sert de trame est assez laborieuse, elle permet néanmoins de dénoncer la corruption qui règne (régnait?) à tous les échelons de l’administration espagnole. Burlesque et un brin tragique, ce roman au rythme chaotique met en scène des personnages hauts en couleurs, un peu stéréotypés, qui évoluent entre secrets, mensonges et trompe-l’oeil. Des ingrédients qu’on retrouve (peut-être mieux agencés qu’ici) dans certains livres postérieurs de Rosa Montero.

Présentation par l’éditeur:

L’aventure peut frapper à toutes les portes. Même à celle de Lucía Romero, auteur de livres pour enfants. Quand son mari disparaît, elle lui découvre une double vie faite de secrets et de mensonges. Aidée de Félix, son voisin octogénaire, anarchiste et ex-torero, et du jeune et séduisant Adrian, Lucía mène son enquête. Et si cette aventure loufoque marquait un nouveau départ dans sa vie ?

Quelques citations:

–  Je n’ai pas d’enfants. Je veux dire par là que je suis toujours une fille et seulement une fille, que je n’ai pas fait le pas habituel que font d’ordinaire les hommes et les femmes, les juments et les chevaux, les béliers et les brebis, les petits oiseaux des deux sexes, comme je dirais moi-même dans mes abominables contes pour enfants. Toutes les créatures de la création s’efforcent en priorité, avant tout le reste, d’accoucher, de mettre bas, de pondre, de couver et d’élever ; toutes les créatures de la création naissent dans la finalité d’être parents, et il se trouve que moi, je me suis arrêtée à une étape intermédiaire, je suis une fille et seulement une fille, à jamais fille, jusqu’à la fin, jusqu’à ce que je devienne une vieille fille vénérable, octogénaire et décrépite, mais toujours une fille.

J’ai appris qu’il ne remarquait pas que j’avais de la cellulite ni que mes dents étaient en résine; qu’il aimait les rides au coin de mes yeux et qu’il se souciait comme d’une guigne de mes bras qui pendouillaient un peu. J’ai appris que le regard implacable avec lequel nous passons au peigne fin, dépeçons et méprisons les femmes est un regard qui nous appartient, un regard interne, une exigence folle, moyennant quoi nous faisons de nous-mêmes des esclaves; et que le désir réel, le jugement de l’homme reposent sur d’autres choses: la chair vivante et la salive froide, les transpirations se mêlant dans la pénombre, l’odeur secrète de la peau, la lassitude comblée d’un corps conquis.

Evaluation :

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2 commentaires

  1. Plutôt rocambolesque et singulière cette histoire ! Et cette rencontre de la sagesse, la jeunesse et la maturité est un cocktail pimenté. Je ne connais pas cette auteure, alors une bonne pioche peut-être…

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