dimanche , 22 octobre 2017
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La maison des Turner

Auteur: Angela Flournoy

Editeur: Les Escales – 2017 (436 pages)

Lu en juillet 2017

Mon avis: Detroit, 2008. En pleine crise des subprimes, les enfants Turner se réunissent pour décider du sort de la maison familiale, vide depuis que la matriarche, Viola, est tombée malade et a emménagé chez Cha-Cha, l’aîné de la fratrie. Pendant plus de 50 ans, cette maison a vu naître les treize enfants de cette famille afro-américaine, les a vus grandir, s’aimer et/ou se disputer, quitter le nid pour en construire d’autres ailleurs. Aujourd’hui, à l’heure où le marché immobilier est en pleine débâcle, deux choses sont certaines : vendre la maison ne rapportera rien faute d’acheteur (hormis les banques vautours), et la garder constitue une ruine puisqu’il faut continuer à rembourser l’emprunt. Dans ces conditions, difficile de mettre tout le monde d’accord. Entre palabres et chamailleries, désintérêt ou tentative de sauvetage pas très nette, on fait plus particulièrement la connaissance de deux des enfants : Cha-Cha et Lelah, la plus jeune. A quelques années de la retraite, Cha-Cha, conducteur de poids lourd, vient d’avoir un accident de la route et se voit contraint de consulter une psychologue. Une relation particulière s’instaure entre eux, qui fera littéralement resurgir un fantôme du passé. Quant à Lelah, la quarantaine, elle se débat avec d’autres démons : son addiction au jeu lui a fait perdre boulot et appartement, et la voilà obligée de squatter sa propre maison d’enfance à l’insu de la famille.
Dit comme ça, ce roman ne serait qu’une saga familiale drôle et touchante, aux personnages attachants. Mais ce serait sans compter sans l’autre grand « personnage » du livre : la ville de Detroit. Dans les remerciements en fin d’ouvrage, l’auteure écrit « qu’on ne peut pas parler de l’histoire de Detroit sans évoquer la discrimination [raciale] dans le logement ». L’histoire des Turner est en effet indissociablement liée à l’évolution de la ville, dans laquelle Francis et Viola, les parents, se sont installés à la fin de la deuxième guerre mondiale, alors que la ségrégation battait encore son plein. S’étant extirpés de leur Arkansas de misère, ils se sont peu à peu hissés de la pauvreté à la classe moyenne. Mais après l’apogée des années 50-70, le déclin industriel frappe la région, qui devient la « Rust Belt » du pays. Précarité, alcool, drogue, violence, la suite est une spirale connue dans laquelle il faut s’efforcer de ne pas s’enfoncer. Jusqu’au crash financier de 2007-2008, qui porte le coup fatal à une ville déjà exsangue.
C’est tout ce pan de l’histoire des Etats-Unis qui est ici dépeint entre les lignes. Un premier roman aux portraits psychologiques qui sonnent très juste (même si l’histoire du fantôme laisse un peu sur sa faim), et au style réjouissant. Auteure à suivre !

En partenariat avec les éditions Les Escales, via le réseau NetGalley.

Présentation par l’éditeur:

Cela fait plus de cinquante ans que la famille Turner habite Yarrow Street, rue paisible d’un quartier pauvre de Detroit. La maison a vu la naissance des treize enfants et d’une foule de petits-enfants, mais aussi la déchéance de la ville et la mort du père.
Quand Viola, la matriarche, tombe malade, les enfants Turner reviennent pour décider du sort de la maison qui n’a désormais plus aucune valeur, la crise des subprimes étant passée par là.

Garder la maison pour ne pas oublier le passé ou la vendre et aller de l’avant ? Face à ce choix, tous les Turner, de Cha-Cha, le grand frère et désormais chef de famille, à Lelah, la petite dernière, se réunissent. Et s’il fallait chercher dans les secrets et la mythologie familiale pour trouver la clef de l’avenir des Turner et de leur maison ?

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2 commentaires

  1. Voilà un roman intéressant qui met un pan de l’histoire américaine (la crise des subprime) en lumière… Intéressant !

  2. Intéressant ! Je me le note.