lundi , 29 novembre 2021

Les déraisons

Auteur: Odile d’Oultremont

Editeur: Editions de l’Observatoire – 2017 (224 pages)

Lu en octobre 2021

Mon avis: Adrien mène une vie toute grise d’employé modèle, tranquille, rangée, réglée comme du papier à musique.

Louise, elle, danse sa vie, peint le monde en couleurs et habite quelque part au-delà de l’arc-en-ciel, dans un univers fantasque et chaotique où son imaginaire peut déborder allègrement.

Le hasard les fait se rencontrer et, contre toute attente, toute probabilité et toute raison, les fait tomber amoureux. D’un amour fusionnel, tendre et absolu, dans lequel Adrien s’adapte avec joie au diapason farfelu de Louise.

Pendant presque dix ans tout va pour le mieux pour les deux tourtereaux. Et puis un jour la dure réalité fait irruption dans leur nid d’amour : on découvre chez Louise un cancer du poumon et Adrien se retrouve relégué dans un placard à balai après la restructuration de son entreprise. Un double drame ? C’est sans compter la fantaisie de Louise, qui décide de voir son cancer comme « un truc nouveau qui nous arrive ». Pleurer sur son sort, très peu pour elle, la vie est belle, toujours. Adrien, dévasté par la nouvelle, s’adapte encore, et joue le jeu. Contaminé par la douce folie de Louise, il décide même de ne plus aller au travail, sans prévenir sa hiérarchie, de toute façon plus personne ne s’y soucie de son existence, ou presque…

Car le roman s’ouvre sur le procès d’Adrien, à qui son entreprise (qui a fini par s’apercevoir de son absence injustifiée) réclame un an de salaires indûment versés. Et c’est donc à travers les réponses d’Adrien au juge qu’on reconstitue peu à peu cette dernière année de vie commune avec Louise, entre amour fou, fantaisie et réalité professionnelle absurde et cynique.

Ce roman me laisse perplexe, je n’arrive pas à décider si je l’ai aimé ou pas. La « faute » à Louise, sans doute, personnage à la fois touchant et horripilant. Mon côté trop raisonnable s’est agacé de son comportement puéril, hors sol, déconnecté des contingences du quotidien. Mais mon côté trop sensible admire et envie la capacité de Louise à ne voir que le côté positif des choses, son attitude paradoxalement très lucide et courageuse qui brandit sa fantaisie comme une armure contre la cruauté de la vie et qui les protège, elle-même et (surtout) Adrien.

Je suis donc tiraillée mais je dois reconnaître que ce roman, qui dénonce aussi l’inhumanité d’un certain monde du travail, est bourré de tendresse, de poésie, de lumière, de couleurs et de vie. C’est loin d’être déraisonnable.

Présentation par l’éditeur:

La vie d’Adrien et de Louise est un chaos enchanteur. Méritant et réservé, il travaille pour assurer leur quotidien.

Ouvrière qualifiée de l’imaginaire, elle désaxe la réalité pour illuminer leur ordinaire.

Leur équilibre amoureux est bouleversé le jour où l’agenda stratégique de l’employeur d’Adrien coïncide avec la découverte de tumeurs dans les poumons de sa femme.

Pendant que les médecins mettent en place un protocole que Louise s’amuse à triturer dans tous les sens, l’employé modèle est exilé par un plan social aux confins d’un couloir. Sidéré, Adrien choisit pour la première fois de désobéir : il déserte son bureau vide pour se dévouer tout entier à Louise, qui, jour après jour, perd de l’altitude.

Mais peut-on vraiment larguer les amarres et disparaître ainsi sans prévenir ?

Et les frasques les plus poétiques peuvent-elles tromper la mélancolie, la maladie et finalement la mort ?

Evaluation :

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