samedi , 24 juin 2017
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Mort d’une héroïne rouge

Auteur: Qiu Xiaolong

Editeur: Points – 2016 (501 pages)

Lu en avril 2017

Mon avis: Avis aux amateurs de cuisine et de poésie chinoises, ce roman policier devrait vous mettre l’eau à la bouche et l’esprit en joie.
« Policier » ? Oui oui, vous avez bien lu. Car, outre la gastronomie et les lettres classiques, l’autre fil (forcément) rouge de ce roman est bien une enquête policière, en l’occurrence la première de la série mettant en scène l’inspecteur Chen, 35 ans, célibataire, intègre et loyal, fervent admirateur de T.S. Eliot et lui-même poète à ses heures. Le voilà aux prises avec une mystérieuse et délicate affaire : une jeune inconnue est retrouvée morte, nue dans un sac en plastique jeté dans un lac non loin de Shanghai. Après quelques piétinements, la victime est enfin identifiée, et il s’avère qu’elle était une « travailleuse modèle de la nation », figure respectée de tous, sans défauts ni vie privée, dévouée corps et âme au Parti et au Peuple. Mais pourquoi donc aurait-on assassiné une telle icône? En raison du statut de la jeune femme et du présumé coupable (qu’on devine très vite), l’affaire, qui aurait pu n’être qu’une histoire de moeurs, prend un tour politique. Non content de devoir réunir des preuves incriminant le suspect, Chen doit alors se coltiner (avec des trésors de diplomatie) les pontes du Parti, qui s’inquiètent du scandale si les pratiques décadentes de certains de ses ECS (« enfants de cadres supérieurs ») devaient être révélées au grand jour. Car, comprenez bien, nous sommes en 1990, quelques mois à peine après Tian’anmen, dans une Chine communiste qui commence frileusement à s’ouvrir au grand vent du capitalisme, et le choc entre traditions millénaires et modernité à l’occidentale est rude.
Si l’intrigue policière, sans grands rebondissements, n’est pas vraiment trépidante, le roman est bien plus intéressant par son côté documentaire. Il nous dévoile un pays en pleine transition politique, culturelle et économique, sous l’emprise d’un parti unique paranoïaque qui a la mainmise sur tout et tout le monde, un système politique et administratif ultra-hiérarchisé et codifié, la crise du logement dans les grandes villes, la vie quotidienne des Chinois ordinaires qui se débattent avec les difficultés financières et les embouteillages, et surtout une absence effarante de liberté, qui les empêche d’exprimer leurs opinions et de vivre leurs amours et leur vie privée comme ils l’entendent. Déroutant et dépaysant.

Présentation par l’éditeur:

Shangai, 1990. Le cadavre d’une jeune femme est retrouvé dans un canal. Pour l’inspecteur Chen et son adjoint Yu, l’enquête se transforme en affaire politique lorsqu’ils découvrent que la morte était une jeune communiste exemplaire. Qui a pu l’assassiner ? Chen et Yu vont l’apprendre à leurs dépens, car à Shangai, on peut être un camarade respecté et dissimuler des moeurs déroutantes.

Une citation:

« Le ciel et l’enfer sont dans la tête, pas dans les choses qu’on possède dans le monde », lui avait dit un jour le Vieux chasseur.

Evaluation :

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3 commentaires

  1. Merci de nous faire découvrir un polar venu de loin.

  2. Très intéressant pour approfondir nos connaissances sur ce pays aux us et coutumes si éloignées des nôtres !

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