dimanche , 22 octobre 2017

Tehanu

Auteur: Ursula Le Guin

Editeur: Le Livre de Poche SF – 2008 (281 pages)

Lu en juillet 2015

tehanuMon avis: Tehanu est le quatrième récit du cycle de Terremer, après Le Sorcier de Terremer, Les Tombeaux d’Atuan et L’Ultime Rivage, tous trois rassemblés en un seul volume (Terremer, au Livre de Poche). Je pense qu’il est préférable d’avoir lu ces autres récits avant d’entamer Tehanu, sans quoi vous risqueriez fort de ne pas y comprendre grand-chose.
On retrouve ici Tenar, ancienne Grande Prêtresse des Tombeaux d’Atuan, arrachée 30 ans auparavant à son désert et à sa solitude par Ged, l’Archimage de Roke. Depuis lors, Tenar a renoncé à la magie et à son statut de princesse pour devenir une commune mortelle, se contentant de peu, mariée à un fermier et mère de famille. Devenue veuve, elle recueille Therru, une petite fille abandonnée, atrocement torturée et brûlée par sa propre famille. Traumatisée, défigurée à vie, Therru a conscience de ses terribles cicatrices et se comporte en petit animal blessé et farouche. A cause de son quasi-mutisme, de son apparence et de son aura mystérieuse voire inquiétante, elle est perçue comme un monstre par la plupart des villageois.
Ce récit est également marqué par les retrouvailles de Tenar et Ged, revenu presque agonisant de l’Ultime Rivage. Il n’est plus que l’ombre de lui-même et a perdu sa magie, ce que son amour-propre ne peut admettre. Avec Tenar, ils semblent désormais bien peu de chose pour protéger Therru du Mal qui continue à la poursuivre.
J’ai été déroutée par ce volume-ci, assez différent du précédent. Ici, il n’est pas question de mages combattant des dragons, jetant des sorts et risquant leurs vies dans de périlleux voyages pour aller rétablir l’Equilibre du Monde. On n’y rencontre que des paysans, des sorcières de deuxième catégorie et des brigands de grand chemin. Même le style est différent, se mettant peut-être au niveau des personnages : un langage simple pour des gens simples, une écriture plus terre à terre là où Terremer était tellement plus poétique ? On se dit alors qu’Ursula Le Guin a voulu ce récit différent des précédents parce qu’il marquerait une rupture, une parenthèse entre la fin d’une époque et le début d’une nouvelle, Tenar et Ged passant le témoin à la nouvelle génération incarnée par Therru. Si les rebondissements ne sont pas nombreux, et si on ne voit pas vraiment de progression dans l’histoire de Terremer, cet épisode « simple » n’est pas pour autant dépourvu de réflexions philosophiques, assez inattendues dans le cadre d’une oeuvre de fantasy (je crois), puisqu’elles portent sur les rapports hommes-femmes. Dans Tehanu, celles-ci sont bien peu considérées par la plupart des hommes qui, littéralement, ne les voient ni ne les entendent. de là à suggérer que l’Équilibre du Monde est davantage menacé par l’incompréhension entre les hommes et les femmes que par l’opposition entre Bien et Mal… Il faudra lire le Vent d’ailleurs, dernier récit du cycle, pour répondre à cette hypothèse…

Présentation par l’éditeur:

Tehanu est la suite de Terremer, le célèbre cycle d’Ursula
Le Guin, qui comporte également les Contes de Terremer (publiés dans la même collection) et Le Vent d’ailleurs (à paraître dans la même collection).
Tenar, devenue guérisseuse et sorcière, accepte la responsabilité de Tehanu, la petite fille qui a été atrocement mutilée. Mais Tehanu est aussi une fille-dragon.
Un épisode essentiel du grand cycle de Terremer, un classique de la fantasy, porté à l’écran par Goshiro Myazaki.

Quelques citations:

– « Que reproches-tu aux hommes? demanda avec précaution Tenar.
Avec tout autant de précaution, Mousse répondit en baissant la voix:
– Je ne sais pas, ma toute belle. J’y ai réfléchi. Souvent j’y ai réfléchi. Tout ce que je puis dire, c’est ceci: l’homme est dans sa peau, tiens, comme une noix dans sa coquille.
Elle leva ses longs doigts crochus comme pour montrer une noix.
– Elle est dure et solide, sa coquille, et elle est pleine de lui. Pleine de sa précieuse chair mâle, de virilité. Et c’est tout. Voilà. A l’intérieur, il n’y a place pour rien d’autre, à part lui ».

– « (…) mais te rends-tu compte, tante, je n’ai pas vu un seul vrai homme avant d’être une femme adulte. Rien que des filles et des femmes. Et pourtant j’ignorais tout de la nature féminine puisque je ne connaissais que des femmes. C’est comme les hommes qui vivent entre eux: les marins, les soldats ou les mages de Roke… entendent-ils quelque chose à la nature masculine? Comment pourraient-ils, s’ils n’ont jamais parlé à une femme? »

Evaluation :

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