vendredi , 18 août 2017
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Alma Mahler ou l’art d’être aimée

Auteur: Françoise Giroud

Editeur: Robert Laffont – 1988 (260 pages)

Lu en mai 2017

Mon avis: D’Alma Mahler (1879-1964) je ne connaissais que le patronyme, qui est en l’occurrence celui de son premier mari, le grand compositeur et chef d’orchestre Gustav Mahler. J’ai appris, grâce à Françoise Giroud, qu’avant de rencontrer ce dernier, elle avait déjà composé des dizaines de lieder et autres pièces instrumentales, étant elle-même brillante musicienne. Aujourd’hui peu connue et peu jouée, on ne saura jamais ce qu’aurait été la carrière d’Alma si son Mahler de mari ne lui avait pas interdit d’encore composer de la musique, pour la cantonner dans un rôle d’épouse modèle : « Tu n’as désormais qu’un métier : me rendre heureux ! ». Fascinée, amoureuse (?) de ce musicien de génie, Alma accepte.
Les féministes y trouveraient de quoi hurler, mais rappelons que nous sommes seulement au tournant du 20ème siècle. La thèse de Françoise Giroud, si j’ai bien compris, serait que ce rôle, bien trop étriqué pour elle, aurait généré chez Alma un sentiment de frustration au moins égal à son talent gâché, la rendant cruelle et le faisant payer cher, non seulement à Mahler, mais à tous les hommes qui tomberont en pâmoison dans ses filets. A la fois femme fatale et esthète attirée par le génie des grands artistes, elle séduira notamment le peintre Kokoschka, l’architecte Walter Gropius et l’écrivain Franz Werfel, les malmenant de ses sautes d’humeur, de ses états d’âme, de son ambivalence, les trompant, les rejetant pour se jeter à nouveau dans leurs bras un peu plus tard.
J’ai le sentiment que Françoise Giroud a voulu dépeindre Alma Mahler comme une héroïne tragique au destin artistique contrarié, victime des hommes. Mais le portrait qu’elle renvoie ne m’a pas rendu Alma particulièrement sympathique et, bien qu’elle ait traversé de terribles tragédies (la mort de trois de ses enfants, la fuite face au nazisme,…), j’ai du mal à la voir comme une victime sacrificielle, elle qui fut à la fois muse et bourreau de ses hommes. Elle m’apparaît en réalité comme une femme très cultivée, au goût artistique très sûr, et tout à fait capable de mener sa barque pour faire en sorte de paraître et de compter dans les hautes sphères culturelles. Affublée par les esprits chagrins du méprisant sobriquet « la veuve des 4 z’arts », je ne suis pas sûre qu’elle ait maîtrisé l’art d’aimer vraiment. Celui de se faire aimer, en revanche, je n’ai pas de doute.

Présentation par l’éditeur:

Qu’advient-il d’une femme quand on lui coupe les ailes? Quand on lui interdit l’ambition personnelle, l’affirmation de sa personnalité, la réalisation de ses dons? C’est ce que Françoise Giroud a choisi de raconter à travers une créature exceptionnelle, Alma Mahler. Sirène aux yeux bleus, Alma fut la reine de Vienne et chevaucha les turbulences du siècle avant de mourir aux Etats-Unis en 1964. Belle, fière, brillante, elle a réuni une impressionnante collection d’hommes de génie: Mahler, le compositeur, qui fut son premier mari; Kokoschka, le peintre expressionniste grâce à qui le visage d’Alma est dans tous les musées du monde; Walter Gropius, l’architecte, fondateur du Bauhaus; Franz Werfel, l’écrivain, enfin, qui fut son dernier mari. De ces quatre créateurs, elle a été la lumière, le soleil, l’énergie. Mais le bourreau aussi. Toujours elle trompe, elle divorce, elle rompt; ils souffrent. Pourquoi? Parce qu’elle a été mutilée. Elle avait déjà composé plus de cent lieder quand Mahler lui a interdit de continuer. Frustrée, elle est devenue cruelle. Peut-être avait-elle des dispositions? Le fait est que Mahler lui a volé sa vie et que, dépossédée d’elle-même, Alma s’est mise à exercer sur les hommes l’empire qu’elle n’avait pas le droit d’exercer sur les choses. Il ne lui restait qu’un art à cultiver, celui d’être aimée.

Une citation: 

Un homme qui vous désire, quoi de plus tonique?

Evaluation :

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2 commentaires

  1. Ne pouvant pas exister par elle-même, elle a existé à travers le regard de grands hommes. Sujet très intéressant et qui me donne bien envie de découvrir cette femme qui aurait sans doute fait de l’ombre à sa mari, si elle avait pu exploiter son talent. Cette femme aux ailes coupées me fait penser à une autre grande dame que l’on avait qualifiée de folle et enfermée, Camille Claudel…

    • Sylvie

      En tout cas le personnage est complexe…
      Quant à Camille Claudel, je n’ai encore rien lu à son sujet, mais tu me donnes envie de la découvrir.