mardi , 23 janvier 2018
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L’autobus

Auteur: Eugenia Almeida

Editeur: Métailié Suites – 2012 (128 pages)

Lu en mars 2017

Mon avis: Un soir comme les autres dans une paisible bourgade perdue d’Argentine : un voyageur de commerce et sa compagne (un peu jeune pour lui, peut-être…) prennent un verre au café, attendant l’autobus qui les ramènera en ville. Depuis l’autre côté de la voie ferrée (le « mauvais » côté, celui des pauvres et de la racaille), Ponce arrive à pied avec sa femme et sa soeur, accompagnant cette dernière au même arrêt de bus. le « colectivo » arrive… mais ne s’arrête pas. Stupeur, incompréhension, colère, mais on finit par admettre que la seule chose à faire est d’attendre le passage du bus le lendemain. Les deux jours suivants, le même scénario se reproduit. Interrogations et conjectures vont bon train. Et d’ailleurs, à propos de train, pourquoi la barrière du passage à niveau est-elle bloquée ? Pourquoi un wagon vide est-il arrêté sur la voie non loin du village ? Pourquoi ne sait-on rien ? Ne supportant pas l’attente et son désoeuvrement, le voyageur et son amie décident de partir à pied, en longeant la voie ferrée.
Pendant que la tension monte, les informations arrivent au compte-gouttes, par la radio, par les journaux, déformées par la rumeur et, surtout, la propagande du régime. Parce que oui, forcément, en Argentine, en 1976, qui d’autre détient le pouvoir, les moyens de communication et le droit de vie et de mort, sinon la junte militaire qui vient de renverser le gouvernement d’Isabel Peron ? La chasse aux « subversifs » est désormais ouverte, par les moyens les plus tordus et dans une opacité complète (« Le silence, c’est la santé »).
Cette petite ville isolée où les ondes de choc du coup d’Etat se propagent depuis la capitale, même si elles sont amorties par la distance, est aussi le décor d’un autre drame, privé mais tout aussi opaque et silencieux, celui de Ponce, ou plutôt celui qu’il fait subir à sa femme. Lui, le brillant avocat qui a renoncé à une grande carrière à Buenos Aires pour s’enterrer dans ce bled, du mauvais côté de la voie ferrée, dans le seul but, monstrueusement pervers, de se venger de sa femme.
Dans un style sobre et vif, Eugenia Almeida nous emmène, subtilement mais résolument, au coeur d’une des pages les plus sinistres de l’histoire de son pays. En 120 pages, elle installe une ambiance malsaine et pesante, qui vous laisse un goût amer en bouche, tel un maté qui aurait infusé un peu trop longtemps. Amer, puissant et évocateur. Une fois à bord, vous ne pourrez plus en descendre avant le terminus. Alors ne laissez pas passer l’autobus.

Présentation par l’éditeur: 

Dans une petite ville du fond de l’Argentine, un homme et une très jeune femme attendent un autobus dans un café, il passe mais sans s’arrêter. Il y a quatre jours maintenant que l’avocat Ponce amène sa soeur pour prendre cet autobus et qu’il ne s’arrête pas. Les jeunes gens décident de partir à pied le long de la voie ferrée. Le village s’interroge. Il s’est passé quelque chose dans le pays que tout le monde ignore ici.

Sous l’orage qui gronde sans jamais éclater, de chaque côté de la voie ferrée qui sépare parias et notables, la réalité se dégrade subtilement. Des livres disparaissent de la bibliothèque. Les militaires rôdent autour de la ville, des coups de feu éclatent. Les masques tombent à mesure qu’une effrayante vérité se dévoile.

Sobre et dense, sans concession, ce court roman nous conduit, dans un style alerte et cinématographique, au coeur des pages les plus sombres de l’histoire de l’Argentine et parle du pouvoir sous ses formes les plus perverses.

Evaluation :

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