dimanche , 18 novembre 2018
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Les baleines se baignent nues

Auteur: Eric Gethers

Editeur: Points – 2014 (399 pages)

Lu en avril 2014

les baleines se baignent nuesMon avis: Comment trouver le bonheur à Lone Star Springs, bled puritain du fin fond du Texas ?
C’est la question qui turlupine Henry depuis sa naissance. Faut avouer, il aurait pu mieux tomber : sa mère droguée et en plein déni de grossesse meurt en accouchant de lui prématurément. Son père Jack, qui court après toutes les paires de fesses « oscillant d’un mouvement pendulaire », est représentant de commerce, donc baratineur, ceci expliquant cela. Heureusement, un ange gardien, déguisé en infirmière de néonatologie et prénommé Vivienne, prend le petit Henry sous son aile, et emménage avec Jack, qui voue désormais une adoration sans bornes (sincère mais feinte, si vous voyez ce que je veux dire) à la nouvelle femme de sa vie.
Henry grandit dans ce foyer bancal, au milieu de personnages fantasques et un peu frappés. Jack meurt à 33 ans, et Vivienne s’amourache de Peggy, jeune femme abusée dans son enfance par son père pasteur, donc perturbée et excessive, cela expliquant ceci.
Devenu adulte, mais sans repères solides, Henry hésite, louvoie : qui aimer ? UNE femme ? LES femmes, comme son père ? D’échecs en déceptions, Henry est chaque fois abandonné par ceux qu’il aime, ou qu’il croit aimer, ceci expliquant peut-être cela.
Le roman illustre la difficulté, voire l’impossibilité de s’extraire de sa condition dans un contexte socioculturel étriqué, surtout en partant sur d’aussi mauvaises bases. Le Rêve américain s’en prend encore une fois plein la tronche pour pas un cent. Le tragique de l’histoire est ici atténué par un humour cynique, décalé et absurde, qui n’en accable que davantage sa galerie de personnages loosers pathétiques.
De là à comparer cet univers à celui d’Irving, il y a un gouffre que je ne franchirai pas : même s’il y a un vague air de parenté, Gethers est loin d’être aussi drôle, et ne maîtrise pas un récit confus, parsemé de digressions sans queue ni tête qui sentent parfois le remplissage.
A l’école d’Irving, le petit Eric Gethers n’en est qu’à la phase d’apprentissage. Mention sur le bulletin : peut mieux faire…

Présentation par l’éditeur:

Une mère junkie qui meurt en couches, un père coureur invétéré : Henry n’est pas vraiment né sous une bonne étoile ! Elevé dans un bourg puritain du Texas par Vivienne, l’infirmière un peu toquée qui lui a sauvé la vie, il grandit au milieu d’êtres déglingués : pasteur libidineux, jeune fille se prenant pour Jeanne d’Arc… Antihéros fragile, loufoque et désabusé, Henry saura-t-il trouver le bonheur ?

Quelques citations:

“Les enterrements sont une récompense, décidai-je, pour ceux dont la vie a été brutalement interrompue ou s’en est allée à vau-l’eau. Au fond, quand on y pense, c’est une récompense pour tout le monde. C’est l’une des rares manifestations où tout se déroule comme prévu. Personne ne se conduit mal. Les gens ne cachent pas leurs émotions et se montrent prévenants avec les autres. Si on allait à un enterrement tous les jours, le monde serait un lieu plus plaisant à vivre.”

– “Le meilleur rendez-vous qu’on puisse avoir, fiston, c’est quand tu dînes avec une fille et qu’elle te dit de ne rien commander avec de l’ail ou de l’oignon.”
Même si je n’étais pas spécialement naïf pour mon âge, jamais je n’aurais pu anticiper son raisonnement.
“Ca donne un drôle de goût à ton sperme.”

“La religion ne méritait pas qu’on lui consacre autant de temps et d’efforts. D’accord, elle vous procurait une certaine tranquillité d’esprit, et il y avait bien quelques rengaines entraînantes là-dedans, mais au fond, ce n’était qu’une distraction pour des gens incapables d’accepter le fait que la vie n’était pas un prélude à quelque chose de mieux.
Les études aussi, c’était largement surfait. Jack avait lâché le lycée pour entrer dans l’armée, et ça n’avait strictement rien changé. Ce n’est pas parce qu’on va à l’école qu’on en sait davantage.
L’école ne vous enseignait pas à gérer les choses du quotidien, à faire montre de retenue ou à vendre des aspirateurs. Les gens les plus intelligents qu’il connaissait avaient été éduqués par la vie, pas dans une salle de classe. Qui plus est, tous les types instruits que Jack connaissait étaient ennuyeux.”

Evaluation :

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3 commentaires

  1. Trop d’exagérations peuvent nuire au récit. J’aime la loufoquerie quand elle est bien amenée mais pas pour faire du remplissage.

  2. Je me méfie de plus en plus des titres loufoques !

    • Sylvie

      oui, je vais finir par croire que ce genre de titre ne sert qu’à provoquer la curiosité et à faire vendre…

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