dimanche , 22 septembre 2019
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Surf City

Auteur: Kem Nunn

Editeur: Folio Policier – 2003 (334 pages)

Lu en mars 2016

surf cityMon avis: La version « carte postale » et superficielle de Huntington Beach (Surf City, pour les intimes), ce sont les plages de Californie, leurs surfeurs beaux, bronzés et musclés (genre – aarghhh – Simon Baker alias « The Mentalist », vous voyez?) assurant le spectacle sur le haut des vagues et sous un soleil radieux. Un air de vacances avec cocktails et jolies filles toujours disponibles, sea-sex-and-sun. Pas très intéressant.
Heureusement, sitôt le bouquin retourné, la 4ème de couverture laisse augurer de l’envers du décor, sombre comme les coulisses de l’Enfer, donc bien plus captivant. Et en effet. Surf City, dans la version Kem Nunn, c’est plutôt « vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance ». Ike Tucker, 18 ans, l’avait vaguement pressenti quand il décida de quitter le désert californien et la station-service de son oncle pour rechercher sa soeur. Ellen, sa seule vraie famille, partie vivre sa vie, disparue depuis des mois, vue pour la dernière fois à Huntington Beach. C’est tout ce qu’Ike sait, en plus des noms des trois types avec lesquels elle serait allée au Mexique, sans en revenir.
Ike « ne sait rien du monde, ne sait rien des hommes ». Il ne sait rien du surf non plus. Il ne tardera pas à faire son apprentissage, souvent à ses dépens, à coups de poing et de paquets d’eau de mer. Les hommes et les vagues ne se laissent pas aisément apprivoiser, et ne pardonnent aucune maladresse. Ike parvient cependant peu à peu à intégrer le cercle quasi mythique (mystique, aussi) des dieux du surf local. Si le trio sea-sex-sun est toujours d’actualité, la drogue et les pornos amateurs s’invitent aussi sous le soleil de Satan, et on s’enfonce de plus en plus loin dans les noirs replis de l’âme humaine.
Comme plus tard Tijuana Straits, Surf City (1er roman de K. Nunn, un peu moins abouti que le précité) développe des personnages venus du désert – géographique et sentimental – des loosers que la vie n’a pas vraiment cajolés, mais à qui le sort offre comme une dernière planche (de surf) de salut, qui leur permettrait de s’extraire de leur vie sans horizon ou de racheter leur passé obscur. Ike et Preston, son mentor, son père de substitution, ont le mérite de s’y accrocher, à cette planche, mais terrible est le purgatoire et tentants l’abandon et la résignation.
Des personnages attachants, émouvants, en quête de vérité et de rédemption, qui se battent et se débattent avec leurs démons, tout cela serait noir, très noir, sans la présence de la Nature et du surf, sport mythique élevé ici au rang d’art et de religion. Même si on n’y comprend rien, les descriptions techniques, les mouvements, la lutte puis l’harmonie avec la vague domptée sont autant de respirations et de moments de beauté dans un univers impitoyable.

Présentation par l’éditeur:

Ike Tucker n’a jamais connu que la station Texaco et son oncle Gordon quand il quitte son coin de désert pour retrouver sa sœur Ellen disparue après avoir tenté sa chance sur les plages de Californie du sud. Il ne sait rien du monde. Il ne sait rien des hommes. Il le découvrira en achetant une planche de surf pour se jeter à son tour dans les flots bleus du Pacifique et plonger dans les eaux noires des magouilles humaines. Jusqu’à plus soif, jusqu’à l’épuisement, jusqu’à la découverte hideuse de la vérité.

Evaluation :

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3 commentaires

  1. Avatar

    Comme tu le dis si bien, chacun cherche sa planche de salut. Roman attachant semble-t’il.

  2. Avatar

    Pas encore découvert mais s’il y a des vrais morceaux de Simon Baker qui sont dans le roman, je vais le dévorer ! 😆

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