Auteur: Colum McCann

Editeur: Belfond – 20 août 2026 (320 pages)
Lu en septembre 2026
Mon avis: Anthony Fennell, journaliste et écrivain irlandais en panne d’inspiration et alcoolique en rémission, se voit proposer un reportage inattendu : la réparation des câbles sous-marins transportant les données internet à travers la planète. Une rupture de câble qui vient de se produire au large de l’Afrique de l’Ouest lui donne l’occasion d’embarquer sur un bateau chargé de la réparation.
Quelques jours avant de monter à bord au Cap, Fennell fait la connaissance de Conway, l’ingénieur chef de mission, et de sa compagne, la sublime Zanele, comédienne de théâtre en partance pour Londres, pour y jouer « En attendant Godot ».
Une fois à bord, Fennell attend aussi, pas seulement d’assister à la réparation du câble et d’écrire un papier qui le remettra en selle. Il semble également attendre d’arriver à apprivoiser Conway, personnage habité et insaisissable ; peut-être aussi espère-t-il se retrouver lui-même et retisser d’une façon ou d’une autre le lien avec son fils de 16 ans, qui vit avec sa mère à Santiago du Chili.
La réparation des câbles sous-marins est évidemment la métaphore de la réparation des liens qui se dénouent entre les humains, avec ce paradoxe que reconnecter deux morceaux d’un câble internet endommagé contribue certes à faire du monde un village, mais ne permet pas pour autant de créer de vrais relations entre les êtres, de plus en plus éloignés de leurs proches à mesure que leurs nez se rapprochent de l’écran de leurs smartphones. Voire pire avec la liberté de parole à l’œuvre sur les réseaux sociaux : « et on ne fait que coller les bouts pour que les gens puissent se détruire les uns les autres ».
L’auteur tente lui aussi de relier beaucoup d’éléments dans ce roman : l’aspect technique de la réparation des câbles (très intéressant) lui donne l’occasion d’aborder l’importance géostratégique de ceux-ci, du pouvoir de leurs propriétaires et de notre techno-dépendance, et d’amorcer une réflexion sur la pollution des océans. Il essaie aussi de faire endosser à Conway le rôle de Kurtz, personnage d’ « Au cœur des ténèbres » de Conrad, qui lui-même appelle le film Apocalypse Now et les errances de son acteur principal, Martin Sheen, lors du tournage. De même, la fascination que Fennell éprouve pour Conway, qui vire à l’obsession sans qu’on comprenne trop pourquoi, semble causée par le fait que Fennell voit entre leurs trajectoires respectives des points communs (qui ne sautent cependant pas aux yeux du lecteur).
Bref, ce qui démarrait comme un reportage sur un sujet très réaliste et d’une importance insoupçonnée pour les communications mondiales se mêle peu à peu d’un texte introspectif dans lequel des personnages fuyants et tourmentés dérivent dans un flou mélancolique.
Je ne suis pas opposée aux contrastes et aux récits méditatifs, mais ici les ingrédients sont trop nombreux, le mélange ne prend pas vraiment et m’a laissée un peu sur ma faim.
En partenariat avec les Editions Belfond via Netgalley.
#ColumMcCann #NetGalleyFrance
Présentation par l’éditeur:
Anthony Fennell, écrivain irlandais en plein doute, espère retrouver l’inspiration avec un reportage sur un fait intrigant : la rupture des câbles des fournisseurs d’Internet enfouis en pleine mer. Une panne géante des réseaux de téléphonie en Afrique lui donne l’occasion d’embarquer sur l’un des bateaux chargés des réparations.
Le chef de mission est John Conway, un compatriote irlandais. Fennell est fasciné par le charisme de cet ingénieur, apnéiste hors pair, et par le couple qu’il forme avec Zanele, une actrice sud-africaine.
Tandis que le bateau remonte la côte d’Afrique de l’Ouest, Fennell et Conway vont se retrouver confrontés à une ironie tragique : les câbles qu’ils doivent réparer transportent des nouvelles susceptibles d’ébranler leur existence respective…
Quelques citations:
- Vous savez, si l’océan était une banque, ils l’auraient sauvé depuis longtemps.
- …une part de notre chaleur humaine est l’ombre qu’on ne se montre pas les uns aux autres.