Auteure: Kristina Gorcheva-Newberry

Editeur: Presses de la Cité – 20 août 2026 (432 pages)
Lu en septembre 2026
Mon avis: En URSS, dans les années 80, Ania et Milka grandissent dans la banlieue de Moscou. Amies fusionnelles, inséparables, elles vivent dans un pays en voie de désintégration : ses dirigeants se succèdent à un rythme effréné, la perestroïka et la glasnost s’amorcent.
Dans cette morosité ambiante, face à l’inquiétude des adultes qui craignent ce monde nouveau et incertain, les deux ados rêvent d’amour, de voyages, de liberté.
Avec deux de leurs amis, l’un idéaliste et l’autre petit voyou, elles découvrent le sexe et discutent politique et littérature, avec en fond sonore la musique de Queen. « Que nous étions candides, alors, et innocents! D’une inconscience poignante. Et impatients. Impatients de grandir pour laisser derrière nous nos parents, notre passé, notre pays, que nous considérions comme un monstre abominable à la gueule béante qui menaçait de nous dévorer tout entiers. Nous croyions réellement que c’était possible, que nous pouvions abandonner notre vieille mue et qu’une autre peau allait la remplacer, belle et lustrée, adaptée au reste du monde« .
La première partie du roman raconte leur adolescence et l’approche de leur entrée dans la vie adulte, jusqu’à ce qu’un terrible drame disloque le quatuor d’amis.
Dans la seconde partie, on retrouve Ania 20 ans plus tard, désormais professeure de littérature aux USA et mariée à un Américain. De retour dans son pays, qu’elle avait quitté quelques mois après le drame, elle va se retrouver confrontée aux fantômes du passé.
Dans l’ombre tutélaire de La Cerisaie (A. Tchekhov) et sans doute inspiré de la jeunesse soviétique de l’auteure, ce roman parle donc de la perte de l’innocence, des repères et des illusions tant intimes que socio-politiques. Il y est question d’amitié, d’amour, de secrets, de trahison, de deuils, de rêves, de liberté, d’idéalisme, de nostalgie du passé et de peur de l’avenir.
C’est à la fois une belle histoire d’amitié brisée par une tragédie, et un récit douloureux de la mort annoncée de l’URSS et du communisme, et du creusement des inégalités sociales qu’elle engendre.
Malgré quelques longueurs et un démarrage un peu lent, « La vie avant nous » est un premier roman agréable et facile à lire grâce à son écriture fluide et linéaire.
En partenariat avec les Editions Presses de la Cité via Netgalley.
#LaVieavantnous #NetGalleyFrance
Présentation par l’éditeur:
Une déclaration d’amour à la dernière génération soviétique
À la fin des années 1980, dans les grandes barres grises de la périphérie de Moscou, Ania et Milka grandissent comme des sœurs. L’été, c’est à la datcha, sous l’ombre fragile d’un verger, que les adolescentes unies par une amitié passionnelle rêvent d’amour et d’un monde libre loin des récits terribles de leurs aînés.
Avec Trifonov l’idéaliste et Lopatine le voyou, elles parlent d’histoire et de politique, s’initient au sexe et à la littérature au son de Queen tandis que l’URSS bascule dans l’inconnu. Mais un drame indicible brise leur quatuor et scelle le destin d’Ania, gardienne d’un secret qu’elle ne peut confier à personne.
Vingt ans plus tard, exilée aux États-Unis, Ania doit se confronter aux fantômes du passé lorsque le verger de son enfance est menacé.
Inspiré de La Cerisaie d’Anton Tchekhov, un premier roman exceptionnel sur la fin d’un monde qui emporte dans son sillage l’innocence et les illusions d’une génération.
Quelques citations:
- Je voulais terminer mes études secondaires, être admise dans une université prestigieuse, avoir un emploi, devenir quelqu’un. Mais, avant tout, je voulais voyager, découvrir d’autres pays. Et j’espérais y trouver des choses déplaisantes ou méprisables, des choses qui me rendraient la Russie plus chère.
- Une fois dehors, j’allumai une cigarette, songeant à Milka et à ses parents, si différents des miens. Sa mère prétendait l’aimer, mais ce n’était pas le genre d’amour que je connaissais. Il était dénué de sentiment, de plaisir d’être ensemble, de tendresse. D’une certaine manière, il me faisait penser à un quignon de pain rassis: un aliment qui n’était pas pour autant nourrissant.