dimanche , 11 octobre 2026

L’engravement

Auteure: Eva Kavian

Editeur: La Contre-Allée – 2022 (192 pages)

Lu en août 2026

Mon avis: Sur l’allée qui mène à l’hôpital psychiatrique, un troupeau se déplace pesamment. Il est constitué de parents et de proches qui vont rendre visite à une personne internée en HP. Autant d’histoires différentes, mais un même poids sur les épaules, un même abattement, une même souffrance, un même questionnement : qu’est-ce que je n’ai pas vu, pas entendu, pas dit, pas tu, pas fait, qu’est-ce que j’aurais pu faire de mieux ou de moins pire, est-ce ma faute ? Va-t-il/elle s’en sortir ? Va-t-on y arriver ?

Une même humanité en plein désarroi, avec parfois quelques brins de complicité.

Et cette douleur, cette solitude, cette angoisse insondables, sont pourtant moins intenses que celles que traversent l’enfant, l’ado, le jeune adulte qu’ils viennent voir, pour lequel, parfois, le suicide est le seul remède à une souffrance psychique intolérable.

Et tout cela n’est pas le moins du monde apaisé par le corps médical, probablement désemparé lui aussi, et incapable de réagir autrement qu’avec un nouveau traitement ou des suggestions froides et maladroites, d’autant plus déplacées dans ce contexte de détresse sans fond.

Un texte noir et déchirant, suintant de désespoir et de solitude abyssale, écrit avec tout autant d’humanité et de sensibilité.

#LisezVousLeBelge

Présentation par l’éditeur:

Une allée est au centre de ce texte : une allée sur laquelle vont et viennent les familles, les proches, qui rendent visite à des patient·es, dans un hôpital psychiatrique. Au bout de cette allée, se trouvent ces patient·es, des jeunes qui décompensent, comme ces baleines échouées, égarées par le bruit du monde. Si ces familles se trouvent confrontées à leur propre douleur, leurs propres difficultés, toutes forment néanmoins un ensemble, un groupe uni, un « troupeau », lit-on. Sur cette allée bordée de doutes et d’ incompréhension, théâtre d’ une histoire entre espoir et résignation, les allers et retours de chacune, comme un mouvement pendulaire, marquent un rythme propre au texte.

À la lecture de ce roman, écrit à la deuxième personne, on va et vient sur cette allée, accompagnant les allées et venues de celles et ceux qui, au fil de leurs visites, nous délivrent des informations clefs de l’histoire des patient.es interné.es. Nous sommes confronté.es à différents points de vue et à une succession de scènes fortes qui donnent la mesure de la solitude dans laquelle chacun.e se trouve au quotidien.

La langue oscille entre une poésie propre à l’ expression des sentiments et de la douleur, et une oralité qui génère un effet de proximité, d’ intimité avec les différents personnages. Une familiarité s’ instaure et, au fil du texte, on est sensibles aux changements que l’ on peut observer chez eux.

Evaluation :

Voir aussi

Ce qui nous frôle sous la surface

Auteur: Colum McCann Editeur: Belfond – 20 août 2026 (320 pages) Lu en septembre 2026 …

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.