dimanche , 11 octobre 2026

Naufrage

Auteur: Vincent Delecroix

Editeur: Gallimard – 2023 (144 pages)/Folio – 2025 (160 pages)

Lu en août 2026

Mon avis: Une nuit de novembre 2021, un bateau chargé de migrants coule au milieu de la Manche. Bilan : 27 morts sur 29. Ils avaient pourtant bien tenté, à maintes reprises, d’appeler à l’aide, mais l’opératrice du centre militaire de surveillance et de sauvetage ne leur a jamais envoyé les secours.

A partir de ce fait réel, l’auteur recrée dans ce roman le monologue intérieur – purement fictif – de l’opératrice en question, l’imaginant convoquée à la gendarmerie et interrogée sur ce qui a motivé son comportement. Sur ce qui lui a pris, cette nuit-là, de balancer à ce migrant désespéré dont la vie (et celle de ses compagnons de galère) ne tenait plus qu’au fil de leur communication téléphonique, qu’est-ce qui lui a pris, donc, de lui balancer ce « personne ne t’a demandé de partir ».

Cynisme, racisme, indifférence, inconscience, dégoût, épuisement ?

Au fil du texte, elle tente de s’expliquer, de se justifier, de se décharger de sa responsabilité personnelle en la crachant à la face de la société, coupable collectivement de ne pas agir face à la précarité et la migration, ni même de vouloir en entendre parler : « le type qui dort dans un carton au pied de ton immeuble, connard, tu ne le vois pas non plus ? Pourtant il rame pareil sur le bitume et coule pareil. Il n’est pas à des dizaines de kilomètres en pleine mer, pourtant, et en pleine nuit, celui-là. Et il est assez facile à géolocaliser : il est au bout de ta chaussure. Alors tu lui envoies les secours ou c’est encore à moi de le faire ? »

Entre émotion et réflexion, ce roman est un texte implacable et inconfortable qui veut briser notre indifférence en nous assénant que le naufrage de cette embarcation, de cette opératrice, est le miroir du naufrage de notre société, de notre humanité.

Présentation par l’éditeur:

« On aurait voulu que je dise, je le sais bien, on aurait voulu que je dise : Tu ne mourras pas, je te sauverai. Et ce n’était pas parce que je l’aurais sauvé en effet, pas parce que j’aurais fait mon métier et que j’aurais fait ce qu’il fallait : envoyer les secours. Pas parce que j’aurais fait ce qu’on doit faire. On aurait voulu que je le dise, au moins le dire, seulement le dire.
Mais moi j’ai dit : Tu ne seras pas sauvé. »

En novembre 2021, le naufrage d’un bateau de migrants dans la Manche a causé la mort de vingt-sept personnes. Malgré leurs nombreux appels à l’aide, le centre de surveillance n’a pas envoyé les secours.
Inspiré de ce fait réel, le roman de Vincent Delecroix, œuvre de pure fiction, pose la question du mal et celle de la responsabilité collective, en imaginant le portrait d’une opératrice du centre qui, elle aussi, aura peut-être fait naufrage cette nuit-là. Personne ne sera sauvé, et pourtant la littérature permet de donner un visage et une chair à toutes les figures de l’humanité.

Evaluation :

Voir aussi

Ce qui nous frôle sous la surface

Auteur: Colum McCann Editeur: Belfond – 20 août 2026 (320 pages) Lu en septembre 2026 …

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.