mercredi , 21 octobre 2020

Bilan lectures 2019

En cette première semaine de l’année 2020, voici venue l’heure de ma rétrospective 2019. Une année remplie de découvertes, que je dois notamment à mes amis de Babelio, aux éditions Métailié, au réseau Netgalley et à ses partenaires éditeurs, ainsi qu’au Picabo River Book Club.

A la rubrique “coups de cœur”, en voici trois, pas forcément dans l’ordre de préférence, et pas forcément des publications de 2019:

 

L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir (Rosa Montero – Editions Métailié – 2015): pas un roman mais plutôt une biographie de Marie Curie et une autobiographie de Rosa Montero, qui ont toutes deux en commun la perte de l’être aimé. Un livre génial, bourré de réflexions magnifiques sur la vie, la place des femmes, la douleur, qui respire l’authenticité, et une auteure désarmante de simplicité, de sincérité, de fougue et de tendresse.

L’homme coquillage (Asli Erdogan – Actes Sud – 2018): premier roman (largement autobiographique, paraît-il) d’Asli Erdogan, ce livre parle d’authenticité, d’intérêt pour le genre humain, de force et de courage. Poétique, flamboyant, ensorcelant, déchirant, ce portrait de femme est d’une puissance folle.

Nécropolis 1209 (Santiago Gamboa – Métailié Suites – 2017): avec ces confessions d’avant la fin du monde, Nécropolis 1209 montre toute l’étendue du talent et de la science de Santiago Gamboa. C’est cru et c’est morbide, mais c’est foutrement culotté et bien écrit. Un tour de force grandiose et magistral.

Voici quelques autres belles découvertes, toutes parues en 2019:

L’ombre d’un père (Christoph Hein – Métailié): A travers la vie de Konstantin, on parcourt 60 ans d’histoire (est-)allemande. Héritier malgré lui d’un père qu’il renie, Konstantin Boggosch est une victime du gâchis perpétré par un système politique inepte, et le héros marquant de ce grand roman d’apprentissage, d’histoire et d’aventures.

Invisibles (Lucía Puenzo – Stock): dans ce roman noir à suspense, l’auteure donne une voix aux gamins des rues en Argentine, sous la coupe de réseaux qui les utilisent pour cambrioler les villas des quartiers chics. Invisibles et privés d’enfance, ils crèvent l’écran.

Nirliit (Juliana Léveillé-Trudel – La Peuplade): Nirliit est autant un roman qu’un documentaire sur l’extinction silencieuse du peuple Inuit, malmené par la “civilisation” blanche et qui semble incapable de lutter pour sa survie et celle de ses traditions. Rage, désespoir, amour, amitié, il est un cri du coeur, un crève-coeur et au final, un coup de cœur.

L’ami (Sigrid Nunez – Stock): cette élégie pour un ami décédé explore les thèmes du deuil et de son dépassement, du suicide et des raisons qui y poussent, et de la création littéraire. Terriblement mélancolique, ce texte est écrit avec élégance, justesse, intelligence, et beaucoup de cœur.

Le singe sous la montagne (Aodren Buart – Phébus): ce roman est une bulle de calme et de douceur dans un monde de stress et de bousculade. Si le périple du moine Sanzang est un chemin semé d’embûches (sans être pour autant une épopée picaresque), il est tout autant (ou davantage) un cheminement intérieur à la recherche du sens d’une vie, d’un destin.

Et puis des auteur.e.s belges, un peu de tout: francophones ou néerlandophones, contemporains ou plus anciens, mais que du (très très) bon:

Décombres flamboyants (Tom Lanoye – 2019 – Le Castor Astral): Ce roman est comme son titre, flamboyant. On y retrouve toute la verve et le style baroque virtuose de Tom Lanoye, et la traduction toujours impeccable d’Alain van Crugten. Sur fond de crise migratoire, de menace terroriste et de coup de gueule à peine voilé contre l’extrême-droite, il brosse le portrait de personnages aux relations complexes et ambiguës, dont le fragile équilibre est sans cesse menacé, entre amitié sincère, manipulation, jeux de dupes, générosité, égoïsme, reconnaissance et volonté d’intégration.

Mazel Tov! (Margot Vanderstraeten – 2019 – Presses de la Cité): “Mazel Tov !” est un modèle de délicatesse, de tolérance et d’ouverture d’esprit, d’accueil de la différence et d’efforts réciproques de compréhension malgré les barrières.

La femme de Gilles (Madeleine Bourdouxhe – 1985 – Espace Nord): “La femme de Gilles” n’est pas que la banale histoire d’une femme trompée et d’un amour trop grand. C’est un très beau texte, puissant, faussement simple, tout en émotions, délicatesse et sensualité.

Cobre (Michel Claise – 2017 – Editions Luce Wilquin): “Cobre” est un roman basé sur des faits historiques et des anecdotes réelles (le coup d’Etat de 1973 au Chili, qui porte Pinochet au pouvoir) qui se lit d’une traite, grâce à des péripéties rondement menées et des personnages attachant. C’est aussi un shommage au Chili, à ses paysages sublimes (qu’il faut aussi protéger de l’appât du gain), et à ses grands poètes (Neruda, Violeta Parra,…).

Le fusil à pétales (André-Marcel Adamek – 1974 – Espace Nord): Sous les auspices d’Eros et d’Icare, “Le fusil à pétales” est une histoire tendre et cocasse, imprégnée de merveilleux chevaleresque, à la fois roman de terroir et geste médiévale romantique, dans laquelle les héros poursuivent deux quêtes, celle de la jeunesse et de l’amour éternels, et celle de voler comme les oiseaux.

Ensuite quelques autres romans, qui sans être des coups de cœur et sans avoir été publiés en 2019, m’ont beaucoup plu:

Station Eleven (Emily St. John Mandel – 2018 – Rivages poche): dans un nouveau monde étriqué, on suit, vingt ans après une pandémie de grippe mondiale, la Symphonie Itinérante, à la fois orchestre et troupe de théâtre, qui se déplace d’une communauté à l’autre dans la région des Grands Lacs pour y jouer Shakespeare et Beethoven. J’ai beaucoup aimé cette histoire, ses personnages attachants, sa construction parfaitement maîtrisée, son écriture douce et apaisée malgré les drames qui se succèdent, sa mélancolie, sa foi en l’art, la pureté de certains moments.

Entre deux mondes (Olivier Norek – 2018 – Pocket): une intrigue glaçante qui se lit comme un thriller, décrit la Jungle de Calais presque mieux qu’un journaliste, et crée des personnages très attachants pour la plupart, suscitant l’empathie. Et malgré le démantèlement de la Jungle, les migrants restent et les questions “que faire, qu’en faire?” aussi…

Les huit montagnes (Paolo Cognetti – 2018 – Le Livre de Poche): dans cet hymne à l’amitié, la montagne est bien plus qu’un décor, elle est une raison de vivre, un espoir, un refuge, et le réceptacle d’histoires familiales tristes et de solitudes infinies. Nostalgie, pureté, beauté, ce sont les mots qui pour moi ressortent de cette lecture.

Et enfin, last but not least, les valeurs sûres, des séries ou des auteurs qui ne m’ont (encore) jamais déçue: 

Au bonheur des ogres (Daniel Pennac – 1997 – Folio): le premier épisode des aventures de Benjamin Malaussène et de sa tribu.

Le nouveau nom (Elena Ferrante – 2017 – Folio): deuxième volume de “L’amie prodigieuse”, l’histoire d’amitié entre Lila et Elena dans un quartier pauvre de Naples.

– Luis Sepúlveda, avec Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler (2012 – Métailié Suites).

– Horacio Castellanos Moya, avec Le dégoût – Thomas Bernhard à San Salvador (2018 – Métailié Suites): à travers l’histoire de la famille Aragon, c’est l’histoire du Salvador qui nous est racontée sur un ton féroce et jouissif.

Bonne année à toutes et tous !! Et surtout, n’oubliez pas:

🙂

 

 

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