vendredi , 1 mars 2024

Bilan lectures 2023

Voici venu décembre, voici donc l’heure de ma rétrospective/best of 2023. Une année à nouveau remplie de découvertes, que je dois notamment à mes amis de Babelio, aux éditions Métailié, au réseau Netgalley et à ses partenaires éditeurs, à l’actualité, au bouche-à-oreille, au hasard.

A la rubrique francophone (ma langue maternelle), je demande d’abord la Belgique: trois romans et un recueil de poèmes figurent parmi mes lectures à épingler cette année:

 

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Je ne suis pas là (Lize Spit – Actes Sud – 2023): l’amour d’un couple fusionnel peut-il résister quand l’un des deux sombre subitement dans une psychose délirante et paranoïaque? Un suspense poignant, oppressant, intelligent, totalement maîtrisé, impressionnant, qui pose nombre de questions sur le couple infernal folie-identité (note: j’ai classé ce roman dans la rubrique francophone belge, bien qu’en réalité l’auteure soit flamande et le livre une traduction du néerlandais).

Le maître des jardins noirs (André-Marcel Adamek – Espace Nord – 2016): un jeune couple citadin et leurs trois enfants s’installent à la campagne, dans une vieille bâtisse pleine de courants d’air. Leurs voisins d’en face, un couple de vieux fermiers habitant là depuis toujours, les observent avec circonspection. Dès les premières pages, le malaise est palpable, et une menace indéfinissable plane dans ce récit en clair-obscur, entre réalité, fantasmes et légendes, poétique, teinté d’érotisme, troublant.

Le monde rêvé d’Alva Teimosa (Thierry Werts – Editions La Trace – 2023): une jeune magistrate et son désir d’enfant; sa greffière plus âgée et son besoin d’amour; un couple de handicapés mentaux qui s’est vu retirer la garde de ses six enfants par les services de protection de la jeunesse, et son besoin qu’on leur en laisse un, malgré tout. Trois lignes de faille qui convergent vers un même point névralgique de faiblesses et de passions humaines, une écriture épurée et aérienne qui va à l’essentiel, sonde les cœurs et les âmes pour en révéler la complexité, les faiblesses enfouies, les pulsions inavouables.

La glaise et la suie (Marc Oswald – autoédition – 2021): recueil de poèmes intrigants ou limpides, émouvants parfois, qui ne cèdent jamais à la facilité ni à la futilité. La plume est travaillée, subtile, et rend compte d’une observation fine et sensible de la réalité et des ressentis. Une lecture-découverte hors de mes sentiers battus.

A la rubrique francophone toujours, voici ensuite quatre romans français, qui nous transportent du bagne pour enfants de Belle-Île à un bar interlope du port d’Amsterdam, en passant par le cabinet d’un psychanalyste et les tranchées de la Grande Guerre:

 

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Les mots pour le dire (Marie Cardinal – Grasset – 1975): roman autobiographique relatant la psychanalyse suivie par la narratrice pendant sept ans au début des années 60 à Paris: quatre ans pour comprendre et admettre l’origine du mal, trois ans de plus pour commencer à se reconstruire sur ce champ de ruines: quand les mots soignent les maux, un texte éprouvant et impressionnant de courage et de sincérité.

L’enragé (Sorj Chalandon – Grasset – 2023): à partir de l’épisode de la révolte de 1934 à la colonie pénitentiaire pour enfants de Belle-Île (qui a inspiré à Prévert son poème « La chasse à l’enfant »), au cours de laquelle 55 enfants se sont échappés, l’auteur imagine le destin d’un de ces gamins, le seul fuyard qui n’aurait pas été repris. Une époque violente qui annonce pire encore, avec la deuxième guerre mondiale qui se profile… Le pire et le meilleur de l’humanité se côtoient dans ce roman dur mais sensible.

La chute (Albert Camus – Gallimard – 1976): dans un bar d’Amsterdam, Jean-Baptiste Clamance, ancien avocat parisien réputé et mondain, se proclame juge-pénitent et confesse publiquement ses fautes, hanté qu’il est par le souvenir d’une jeune femme qu’il n’a pas sauvée de la noyade. Monologue intelligent, d’une noirceur brillante, féroce, lucide, implacable, moralisateur, ce texte pousse à la réflexion et, tel un miroir, renvoie son cruel reflet à une certaine bourgeoisie égoïste et orgueilleuse.

Le soldat désaccordé (Gilles Marchand – Aux Forges de Vulcain – 2022): dans les années 20, un ancien combattant de la Grande Guerre s’est reconverti en enquêteur, offrant ses services à ceux/celles qui voulaient retrouver un mari, un fils, un père, un ami jamais rentré de la guerre. Chargé de retrouver un soldat disparu en 1917, il découvre l’improbable et folle histoire d’amour que celui-ci a vécue avec une jeune Alsacienne (donc Allemande à l’époque). Un roman touchant, pudique, aux personnages attachants, qui rend hommage aux victimes de la Première Guerre mondiale, et de toutes les autres.

Et puis il y a mon autre langue maternelle, l’espagnol : cinq romans en provenance d’Espagne, d’Argentine, du Salvador et du Chili, tous lus en français:

 

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Tes pas dans l’escalier (Antonio Muñoz Molina – Seuil – 2023): à Lisbonne, le narrateur attend son épouse. Le couple a décidé de quitter New York pour l’Europe, et l’homme est parti en premier pour aménager leur nouvel appartement. Au fil des pages tout en introspection, le temps s’étire, se dilate, se distend, l’attente n’en finit pas, mais le narrateur ne semble pas s’en inquiéter. Suspense psychologique hypnotique, ce roman explore, en profondeur et sinuosités, la mémoire, la raison, la peur, la fragilité des murs qu’on se construit face à l’âpreté de la vie.

Le rêve du retour (Horacio Castellanos Moya – Métailié – 2015): après une dizaine d’années d’exil au Mexique pour cause de guerre civile, Erasmo Aragón, journaliste salvadorien, va enfin pouvoir réaliser son rêve : rentrer dans son pays et y lancer avec quelques anciens collègues une nouvelle revue politique. A travers le portrait de cet homme névrosé et pathétique, l’auteur, comme dans ses autres livres, nous parle de la cruauté de l’exil et dénonce la violence qui gangrène le Salvador et le reste de l’Amérique centrale en général.

L’autodidacte, le boxeur et la reine du printemps (Hernán Rivera Letelier – Métailié – 2023): avec pour décor le village né autour d’une mine de salpêtre du désert d’Atacama, un triangle amoureux dramatique et un brin burlesque entre trois jeunes gens: un poète fluet, un boxeur costaud et une belle demoiselle. Un court roman mais un petit bijou de lecture, avec en prime un hommage à la littérature et la poésie. Et le plaisir de retrouver la plume de H. Rivera Letelier.

Patria (Fernando Aramburu – Actes Sud – 2018): à travers l’histoire de deux femmes, meilleures amies jusqu’à ce que le mari de l’une d’elle tombe en disgrâce (avant d’être assassiné) pour avoir refusé de payer l’impôt révolutionnaire réclamé par l’ETA, et devenues ensuite ennemies jurées, l’auteur plonge dans le conflit basque pour nous le raconter à hauteur d’homme, et surtout de femme. Une plongée dans le quotidien des deux camps, allant et venant dans le temps et les générations, des années les plus violentes jusqu’à 2011-2012, après que l’ETA ait annoncé son abandon de la lutte armée. Un roman addictif, puissant et surtout, comme ses personnages, bouleversant et profondément humain.

Roca Pelada (Eduardo Fernando Varela – Métailié – 2023): perché à 5000m d’altitude dans la Cordillère des Andes, le col de Roca Pelada fait office de poste frontière. Les soldats des détachements militaires de chaque pays se regardent en chiens de faïence par-dessus la ligne de démarcation et tuent le temps comme ils peuvent. Un jour, un des commandants est remplacé par … une commandante, et tout ce petit monde s’en trouve chamboulé. Entre rigidité militaire et sensation d’être en permanence détaché des contingences matérielles et temporelles, le col de Roca Pelada est le lieu improbable des questionnements existentiels sur le sens de la vie et même sur l’amour. Un beau roman profond, drôle et magnétique.

Arrêtons-nous maintenant dans ma bibliothèque « reste du monde », avec cinq romans qui nous emmènent de l’Irlande au Nigeria en passant par l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie, tous lus en français:

 

 

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Les trois lumières (Claire Keegan – Editions Sabine Wespieser – 2011): dans l’Irlande rurale des années 1980, une petite fille est confiée, le temps d’un été, à un couple de fermiers sans enfants, histoire d’alléger le budget familial étriqué. Elle y découvre la bienveillance, l’attention et l’affection, et la blessure qui ronge ses parents d’accueil. C’est sobre, délicat, intelligent, poignant de sensibilité, c’est beau (adapté au cinéma sous le titre « The quiet girl »).

Une vie entière (Robert Seethaler – Editions Sabine Wespieser – 2015): portrait d’un homme ordinaire, Andreas Egger, né aux alentours de 1898, mort à l’âge de 79 ans. Orphelin, il subit les maltraitances du fermier auquel il est confié à l’âge de 4 ans. Adulte, il travaillera sur le chantier du téléphérique qui ouvre sa vallée au monde; rencontrera l’amour, vivra un drame puis la guerre et la déportation en URSS avant de revenir chez lui et de découvrir sa vallée transformée par le tourisme. Une vie faite de simplicité et de sobriété, d’intériorité entre les silences, de mélancolie et de tendresse. L’écriture est à l’avenant.

L’autre moitié du soleil (Chimamanda Ngozi Adichie – Gallimard – 2018): au travers des histoires d’Olanna et Kainene, deux sœurs jumelles, l’auteure nous raconte celle du Biafra et de son éphémère sécession entre 1967 et 1970, suivie de la cruelle guerre de reconquête menée par le Nigéria, préoccupé par la perte potentielle de cette région riche en pétrole. Une page d’histoire à découvrir ou à se rappeler, et un roman magnifiquement écrit, puissant, cruel, passionnant, bouleversant.

Le K (Dino Buzzati – Editions Robert Laffont – 1967): 50 nouvelles entre réalisme et fantastique, s’inspirant de faits divers ou adoptant la forme de la fable ou du conte, qui passent au crible les défauts humains et les affres de la condition humaine. Sombres mais lucides, parfois allégés d’un trait d’humour (grinçant), ces textes profonds et sensibles ébranlent en nous renvoyant à notre propre finitude.

Les enfants Oppermann (Lion Feuchtwanger – Métailié – 2023): publié en 1933, ce roman raconte en temps réel, à travers l’histoire fictive d’une famille aisée de Juifs allemands à Berlin, la montée en puissance du nazisme dans un pays mis à mal par la crise économique et encore meurtri par le camouflet du traité de Versailles. Un roman extraordinaire, sidérant de justesse et de lucidité, visionnaire, prémonitoire, qui n’a rien perdu de sa pertinence, à notre époque de repli sur soi et de montées des nationalismes.

Dans cette rubrique « réservée aux femmes », on met en avant quatre romans (dont un écrit par un homme) et un recueil de nouvelles, qui évoquent des héroïnes anonymes, fictives mais réalistes: une femme « fatale », et des victimes de leur genre ou de leur âge. Des destinées, individuelles ou collectives, où il est question de lutter pour sa liberté, voire sa survie:

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Celles qu’on tue (Patricia Melo – Buchet-Chastel – 2023): la narratrice est une jeune avocate de Sao Paulo, envoyée par son cabinet dans l’Acre, région située au cœur de l’Amazonie brésilienne, pour y assister à une série de procès où sont jugés des hommes présumés auteurs de crimes contre des femmes. Ce livre est fictionnel mais reflète malheureusement une réalité terrible et glaçante: dans l’Acre, il suffit de naître femme pour être en danger de mort. Sur le thème des féminicides endémiques dans cette région, un roman plein de colère et de révolte, de désarroi et de sororité.

Lady L. (Romain Gary – Gallimard – 1963): à 80 ans, Lady L. est une très digne et très respectable grande dame de la meilleure aristocratie anglaise, mais qui a passé sa vie à cacher ses origines très peu nobles: née dans un caniveau parisien, elle s’est entichée très jeune d’un beau et ténébreux anarchiste terroriste, et est devenue sa complice dans la préparation d’attentats en s’infiltrant dans les milieux aristocratiques. Critique du milieu anarchiste des années 20 et de l’aristocratie victorienne, ce roman jubilatoire et exquisément amoral dresse le formidable portrait d’une femme intelligente, volontaire, ironique, cynique, aussi amoureuse que terriblement lucide, redoutable et déterminée à vivre la vie qu’elle avait choisie, quel qu’en soit le prix.

Misericordia (Lídia Jorge – Métailié – 2023): Dona Alberti, digne vieille dame résidant dans une maison de retraite au Portugal, n’a plus l’usage de ses jambes et à peine celui de ses mains, mais il lui reste toute sa tête et son sens aigu de l’observation. Sur un petit magnétophone offert par sa fille, elle a enregistré une sorte de journal vocal, entre avril 2019 et avril 2020. Ce livre retranscrit ces 38 heures d’enregistrement, qui parlent du microcosme fait d’amours et de chamailleries entre résidents, d’amitié et de solidarité, de ragots et de mesquineries, de l’attitude du personnel soignant tantôt attentif tantôt débordé. Dona Alberti s’exprime avec lucidité, humour et ironie, avec de la joie et quelques larmes, mais sans « nourrir la mélancolie ». Elle ne se résigne pas, elle veut vivre, se battre contre la mort et l’oubli, et de fait, Lídia Jorge en fait le personnage inoubliable de ce livre fort, très beau plaidoyer pour la résistance, l’espoir et la vie. Prix Médicis Etrangers 2023.

Naufragées (Emilia Pardo Bazán – Editions La Reine Blanche – 2022): recueil de 21 nouvelles qui ont pour sujet commun les violences faites aux femmes, dans toutes les classes de la société espagnole de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème. Le droit des femmes a toujours été le cheval de bataille d’Emilia Pardo Bazán (1851-1921), qui n’a jamais cessé de dénoncer leur triste condition, et d’y sensibiliser ses contemporains. Avec une plume trempée une encre teintée d’ironie et de lucidité, Emilia Pardo Bazán a le don de la chute brutale et du texte percutant, qui veut marquer les esprits. Un recueil décidément bien moderne et universel.

Les impatientes (Djaïli Amadou Amal – Editions Emmanuelle Collas – 2020): dans les riches familles peules et musulmanes du nord du Cameroun, les femmes, une fois mariées, sont cloîtrées chez elles, juste bonnes à faire le ménage et des enfants. Dans ce roman, trois destins (inéluctablement tragiques) de femmes s’entrecroisent, et ce qu’elles subissent est tout bonnement épouvantable, horrible, à la limite du soutenable. Un roman à l’écriture simple, fluide, percutante, impitoyable, qui met en colère, révolte et désespère.

Et enfin, une sélection de livres classés « non-fiction », où il est question de dépeuplement rural, de tolérance et de fanatisme, de folie et de créativité, de la violence des gangs au Salvador et de portraits de femmes japonaises:

 

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Les Quichottes (Paco Cerdá – La Contre Allée – 2021): l’auteur, journaliste, a parcouru des centaines de kilomètres à travers la Serranía Celtíberica, une vaste zone dans le centre de l’Espagne, devenue en quelques dizaines d’années l’un des plus grands (avec la Laponie) déserts démographiques d’Europe. Au fil des rencontres et des témoignages qu’il recueille, il dresse un état des lieux des causes et conséquences de cette désertification. Instructif et triste.

La dernière place (Négar Djavadi – Stock – 2023): le 8 janvier 2020, un vol commercial reliant Téhéran à Kiev s’écrase peu après son décollage, ne laissant aucun survivant parmi les 176 personnes à bord. Parmi les victimes, Niloufar, une cousine de l’auteure. Celle-ci, exilée en France depuis ses 11 ans et la fuite de sa famille pour échapper au régime des mollahs, cherche à comprendre les raisons de cette catastrophe. Il faudra trois jours pour que les autorités iraniennes admettent que l’avion a été abattu par un tir accidentel de missiles… iraniens. Entre deuil personnel et collectif, l’auteure retrace l’histoire récente de l’Iran, de la dictature du shah à celle des mollahs, pour faire affleurer la vérité et ne pas oublier le destin tragique du peuple iranien.

Le danger de ne pas être folle (Rosa Montero – Métailié – 2023): Rosa Montero, journaliste et diplômée en psychologie, interroge le lien entre créativité et folie. La créativité des artistes en général, celle des écrivains en particulier; et leur folie, entendue au sens de fragilité psychique plus ou moins grande, temporaire ou permanente, due à un « câblage cérébral » défaillant et/ou à l’environnement familial, social. Un texte intelligent, touchant, subtil et passionnant, dans lequel Rosa Montero s’adresse au lecteur comme à un ami, avec humour et ce ton désarmant de sincérité et d’authenticité qui me touche à chaque fois.

Japonaises – Celles qui éclairent le ciel (Florence Plissart – Partis Pour Editions – 2020): installée pendant 18 mois au Japon avec son compagnon à partir de janvier 2017, Florence Plissart, carnettiste et voyageuse, est partie à la rencontre de femmes japonaises de tous âges, dans trois régions du Japon. Cet ouvrage réunit ainsi 40 portraits de femmes, accompagnés de textes plus ou moins longs (en fonction de l’obstacle de la langue), dans lesquels elles confient un peu de leur histoire, de leurs rêves, de leurs petits ou grands drames, de « leur » Japon, aussi, de la place des femmes dans ce pays, entre traditions et modernité. 40 portraits auxquels s’ajoute celui de Florence Plissart, qu’on découvre en creux au fil de toutes ces rencontres, à travers ce qu’elle confie: ses impressions, ses craintes quant à l’aboutissement du projet, son questionnement profond sur la vie en général. Un beau livre émouvant et un bel objet.

Les morts et le journaliste (Óscar Martínez – Métailié – 2023): le Salvador est l’un des pays les plus meurtriers du monde. Les gangs les plus violents s’y livrent depuis des années une guerre sans merci, à laquelle s’ajoutent les affrontements réguliers avec la police. L’auteur, journaliste d’investigation spécialiste des thèmes de la migration et de la violence en Amérique centrale, revient sur une énième potentielle  bavure policière et l’enquête qu’il a menée pour tenter de tirer au clair les responsabilités des uns et des autres. Il s’interroge aussi sur son métier, sa déontologie, questionne les liens entre le journaliste et ses sources, réfléchit sur le pourquoi et le comment de ce métier si particulier dans cette zone si dangereuse du monde, sur cette violence infernale qui semble sans fin ni solution. Un livre terrible, dur, brutal, qui ne laisse pas de place à l’espoir ou à la rédemption.

Traité sur l’intolérance (Richard Malka – Grasset – 2023): dans cette transcription de sa plaidoirie prononcée en octobre 2022 au nom de Charlie Hebdo lors du procès en appel des attentats de janvier 2015, devant la Cour d’assises spéciale de Paris, l’auteur démonte l’idéologie adoptée par les accusés, qui prétendaient « venger le Prophète » des blasphèmes représentés par les fameuses caricatures publiées dans Charlie. Il remonte aux origines de l’Islam et à la fracture entre deux courants, l’un centré sur la Raison, l’autre selon lequel le Coran ne peut faire l’objet d’interprétations ou de critiques. Un courant rigide, intolérant, radical, destructeur, littéraliste, qui choisit certains versets du Coran pour les appliquer à la lettre en dehors de toute mise en contexte et sans tenir compte de l’évolution sociale à l’œuvre depuis leur rédaction il y a plusieurs siècles. Un courant en réalité contradictoire et intenable, puisque choisir, c’est déjà interpréter, c’est nécessairement subjectif. Ce « Traité sur l’intolérance » est un appel au courage, au partage du savoir, à la nuance, à l’échange, à la défense de la liberté d’expression envers et contre tout, adressé aux intellectuels, aux journalistes, aux politiques, aux théologiens, « et à tous, que l’on en finisse avec l’obligation de respecter les religions ».

Bonne année à toutes et tous!

Et n’oubliez pas:

😉

 

 

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